La dégradation lente et massive de la qualité des contenus de vidéos pornographiques diffusées par l’Internet depuis le milieu des années 2000, accompagne un mouvement de morbidité sociale et culturelle autour de la perception économique et extraordinaire des corps humains. Dans les abattoirs du « X » de répulsions – non pas une industrie moralement condamnable mais des productions en séries aliénées aux systèmes de prédation capitaliste – dans l’industrie du « X » en accès libre et instantané, les corps porno gérés doivent performer dans des séquences de violences physiques courtes et intenses – vidéo-torsion ou corps mécanisés – pour lesquels des mâles dominateurs et puissants ont payés par leur travail d’exploiteurs et attendent un résultat en terme de satisfaction pulsionnelle et de rendement économique. Ici la violence exercée sur les corps des jeunes femmes ou de jeunes hommes par des réseaux d’exploitation des corps et d’emprises des psyché rejoint l’appétence des mâles alpha conditionnés par le capitalisme de prédation pour la réduction technique des organismes à des fentes et des creux stimulants.
Ce qui est morbide dans les vidéos de plus en plus massivement exposées en premiers résultats de recherche sur des plateformes de contenus tient en l’abattage numérique et le hachage des images et des sons qui confinent les individus qui consomment à habituer leurs goûts esthétiques et leurs expériences bio sexuelles à une vulgarité naturelle et instinctive massive. La technique d’emprise des délinquants de la pornographie « cheap », est de toujours compter sur l’addiction du consommateur final en développant des formats de vidéos ultra calibrés et adaptés aux circuits de récompenses numériques et capitalistes. La femme objet, le mâle dominateur, sûr de lui, musclé et violent, la séquence ultime et la haine du récit et des raisons d’agir comme subjectivité narrative, le rejet de toutes formes de contextualités, la réduction à des fentes et des creux des corps susceptibles de déclencher la jouissance le plus rapidement possible, entraînent une surconsommation et un aveuglement massif ; consommateurs et performeurs ajoutent leurs corps aux circuits de production économique de la violence.
Dans les conditions matérielles, économiques et symboliques, souvent ignobles de production du porno morbide, [faute de considérations politiques pour les métiers d’actrices et d’acteurs de films pornographiques et par la violence du tout gratuit] plus rien n’est simulé ou joué par l’entremise d’un cadre légal ou d’un scénario et de statuts rémunérés et des fonctions artistiques respectées comme des actrices ou des acteurs de films. Ici, il s’agit de produire la violence la plus maximale, réifier des corps, objets de pures stimulations, déclencher des spasmes en séries et le côté sordide d’une simple navigation dans ces sites mainstream qui ont progressivement empêchés depuis le milieu des années 2000 et le développement de l’Internet, la recherche d’une esthétique pornographique de qualité, appelle une sorte de stupeur et de dégoût devant la vulgarité de contenus bruts, supervisés par une recherche du viol des corps d’autrui, devenue centrale et dominatrice. Le viol est l’événement qui excite par l’illusion de la toute puissance organisée sur le corps de la jeune femme.
Le principal enjeu d’une plateforme de diffusion massive de contenus est de faire du fric, dans la douleur physique, psychique et morale si possible, l’exploitation de capacités affectives adaptées et la réduction des coûts et du temps ; c’est plus excitant et les sous-genres qui peuplent les requêtes de ces supermarchés numériques du « X », indiquent à quel niveau de vulgarité tombent, supportent et s’asservissent les internautes consommateurs et consommatrices du « X » de répulsions. La haine du sensible, de l’arrière-plan narratif, des corps et des âmes dans leur entièreté érotique, suinte de ces mini-séries de vidéos extraites – on l’imagine bien – d’une production capitalistique accélérée de contenus qui doivent respecter un certain standard de violences diverses (physiques, psychiques) et l’urgence de gagner plus de fric. Cette haine du récit, qui provient d’abord du monde économique, caractérise en propre la violence de la domination sexuelle et prédatrice d’un capitalisme des corps exploités au travail ; l’hyper-capitalisme de prédation est bien celui là avec lequel nous devons supporter de vivre, celui-là qui admet possible l’exploitation ultra-violente des corps et des esprits ; la norme de la performance physique, le rabaissement systématique des âmes et la violence et la nullité symbolique d’une hiérarchie calculée des plaisirs et des douleurs.
L’expérience vécue du consommateur ou de la consommatrice occasionnel.les de films X, montre cette dégradation de la qualité artistique de films qui autrefois bien que mineurs (et pourquoi pas un genre d’arts mineurs ?) pouvaient présenter un intérêt esthétique ou un réconfort vital dans certains situations de vies difficiles. En réalité, pour un.e malade chronique, pour un handicapé moteur, pour un être difforme, ou une femme ou un homme en fin de vie, pour un.e pauvre ou une.e exclu.e sociaux en 2025, l’accès à des films érotiques uniques et valorisants, des films pornographiques de qualité – des propositions artistiques et cinématographiques ; c’est à dire qui créent une fiction originale, qui préservent la santé, la sécurité, le bien être humain, les conditions de travail des actrices et acteurs normales et présentent des scénarios vivants, drôles et dramatiques dans lesquels le ou la réalisatrice travaille dans une intimité respectée mais exposée ; cet accès là est devenu presque impossible [ou alors, il faut chercher habilement] sur les plates formes mainstream [pornhub, x hamster, X-Videos]. C’est tout un modèle économique d’organisation même du travail d’artistes pornographiques qui est dramatiquement absent de ces production de vidéos cheap ; une rémunération misérable, une considération sociale, politique et symbolique nulle, un abattage du travail à la chaîne et une violence des techniques d’emprises et de contrôle des corps et du psychisme malgré des milliards de vues chaque jour et nuit sur l’Internet.
La violence de la prédation sexuelle est ici une problématique sociale et économique centrale ; l’économie de la pulsion sexuelle est fabriquée autour de la demande et de la récompense, comme dans toutes les relations de pouvoir possibles qui rentrent dans un circuit de décision capitalistique [je travaille, tu me récompenses, ils consomment] et informent les représentations du monde extérieur. Cet hyper-capitalisme de la prédation sexuelle est un capitalisme de la démesure, de la démence psychique, de l’extraction d’énergies vitales, du viol des corps et des esprits des jeunes femmes/hommes, de la violence des rapports sociaux hommes/femmes, du patriarcat, de la colonisation par l’économie du corps performant et sa psychologie terrorisante des sphères du vivant. Le corps de la jeune femme comme capital physique doit performer dans une répétition de douleurs parfois extrême |le sang, les lavements, le sport à haute dose, la drogue ; tout le rythme hallucinant de l’exploitation capitalistique pour des productions à grande échelle], il est investi par la prédation sexuelle, totalement réifié, il est parcellisé en fentes et creux utiles pour les facettes des vidéos amateurs et du « X » gratuit, violent et débile contre un « x » de l’émancipation ou de possibles œuvres pornographiques intéressantes.
Cette prédation sexuelle traduite dans les sociétés privées et les entreprises contemporaines recoupe la question de la présentation de soi chez les femmes et les hommes au travail ; en effet, c’est parce que je me conforme à un modèle intimidant d’exploitation du corps et de la performance symbolique, cognitive, plastique et affective pour une femme ou un homme, que je vais rechercher les cercles de pouvoir préparés pour protéger la force traditionnelle d’une image déséquilibrée du rapport homme/femme et assurer un réseau d’affinités qui confortent une série d’attitudes déplacées, mesquines, violentes et vulgaires ; attitudes qui conviennent bien à la psychologie dominatrice des mâles alpha. La centralité du concept de prédation sexuelle dans les vidéos « X » de répulsions, doit permettre de lire la double violence là où elle s’exprime le plus et le mieux ; dans la domination illégale de la vie de jeunes femmes, victimes de réseaux quasi mafieux et l’incapacité des consommateurs et consommatrices addictifs à sortir du circuit de la récompense bio pulsionnelle.
Le « porno cheap » survit contre l’art pornographique travaillé et sublimé [il existe sur l’Internet ou ailleurs, par d’autres médiums, des propositions esthétiques, numériques et sociales intéressantes, quand il s’agit de dessiner, montrer et filmer des corps humains, de les imaginer nus, beaux ou faisant l’amour ; « Hardwerk » est par exemple une plateforme qui admet des décisions consenties et une coordination d’intimités complexe, « Voxxx » est un site de porno-audio également remarquable] ; le « X » de répulsion contre le « X » d’émancipation et de réconfort, assure la perfection du contrôle social et économique des corps et des âmes mis au travail ; c’est une sorte d’arme économique supplémentaire pour réduire, asservir et contrôler systématiquement et urgemment l’obéissance des corps gouvernés et des âmes réduites à rien ; une arme psychique et physique terrible, venue d’une économie du sexe-propagande, une intimité dramatiquement appauvrie, un contact sexuel terriblement rapide, réducteur ou artificiel – une sorte de corps autophage – et qui rate la dimension érotique profonde de nos vies sociales, imaginaires et sensibles.
Fragments d’un monde détruit – 160
