Translucides

« Je suis la page sous ta plume.
Livre-moi tout. Page blanche,
Je garde en moi ton bien
Et te rends tout au centuple.

Je suis la glèbe, la terre noire.
Tu m’es le soleil et la pluie.
Tu es le seigneur et le maître, moi
Le terreau noir, la feuille blanche. »

Marina Tsvétaïéva, « Psyché » in « Insomnie et autres poèmes », 10 juillet 1918, p.93, Édition de Zéno Bianu, Gallimard, 2011.

Crédit Photo : Mathieu Pomart

Le temps est passé au loin, criblant le soleil,
aux rayons qui déclinent sur les eaux tranquilles,
l’instant est propice au recueillement et à la pensée,
en arrière se tiennent tout les bruits du monde,
le bazar déréglé, jamais conduit ou supervisé,
et ici ta demeure, Dieu ou Nature, est la demeure de chacun.e,
êtres vivant.es, habitantes de cette terre et de ce ciel,
le souvenir d’un toucher, d’une grâce impossible,
couché sur les feuilles bien pâles et fragiles,
va t-il devenir un souvenir vivant pour toi ?

Et ce visage sensible, adoré, qui te regarde, à minuit,
les lèvres peintes et charnues, les yeux bleus azurs,
les cheveux courts et blonds,
et la finesse de ces traits, qui attire l’œil, Dieu,
et font de toutes choses, un grand rien, absurde,
l’amour qui remonte par la rosée, chaque jour dans l’aurore,
le soleil a recueilli nos prières infinies,
à l’intérieur de ce visage s’est formée ta lumière,
la danse des feux, des pluies et des ombres …

Le miroir de la Nature, la grande force qui se déplace,
l’obsession de toi par l’unique pensée, les mêmes déclinaisons vitales, la pensée de l’amour qui rêve au delà du Temps, et quand je crois impossible la rencontre, à nouveau, quand je sais que tout est détruit depuis longtemps, que de grands cauchemars sont venus tout emporter .. Un silence sacré veille derrière chaque vision,
pour se faire grâce et pardon, foi et renaissance,
et si j’avais la force, la beauté et le courage de te voir encore,
sans cette absolue disgrâce, ce mariage à la nuit …

Je te verrais couchée dans un lit de pensées vivantes,
rêvant du monde ailleurs, tel qu’il ne fût pas,
dans les lignes d’espaces et de temps parallèles,
entourée de fleurs, d’espoirs et de musiques,
aimant mon corps et mon âme comme je t’aime, toi,
désirant partager ma vie et notre existence inspirées …
Quel est ce destin inquiet, cette étoile de solitudes,
qui, fixée tout en haut du ciel, éclaire la nuit,
sans jamais rendre possible le jour …
Quelle est cette absence brûlante,
qui mord la chair et fait saigner mes pensées ?

Tu vis une autre vie, blessée, dans un monde inconnu
et l’ombre portée par nos corps interfère,
se glisse dans chaque recoin obscure,
entre toutes les choses inertes, et chaque geste vivant,
la nuit a sa psyché étrange, ses futurs seulement rêvés …
La fille de la mort est venue vers moi,
en dressant les tables et les alphabets pour les monstres,
et mon visage s’est transformé en boue,
mon corps est devenu si horrible, si laid,
et il n’ y a rien sinon les mots signes fragiles, les pensées tiennes,
tes reliefs et ta voix, qui survivent au delà du Temps.

MP – 14032025

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