Voir avec les vivants

« Ils se purifient en vain, quand ils se souillent avec du sang, tout comme un homme qui, entré dans la boue, se laverait avec la boue. Et ils prient ces statues qu’ils voient comme un homme qui parlerait à des maisons. »

Héraclite, « Les fragments d’Héraclite : texte grec, traduction, commentaire », 5., p.71, « Héraclite ou la séparation », Jean Bollack, Heinz Wismann, Minuit, 1972.

A Remembrance of Aerial Forms: Odilon Redon’s À Edgar Poe (1882)

Le cimetière à midi, traversé par les ombres,
la caresse du vent qui effiloche tes cheveux d’or,
sur la pierre et le marbre, surjouent de pâles figures,
aux silhouettes faméliques, à peine aperçues,
et quand j’essaie de voir ton visage, je le vois encore,
mais derrière un rideau de pluies grises et noires,
derrière l’absence d’horizon, la fin …

Il y a des corps-animaux qui te regardent,
des traits aux surfaces folles, variables et étranges,
et cette variation infinie de ton expression, c’est la vie …
La vie folle et bancale ; l’alerte à tout instant creusé,
dans le tissu rouge sang des coïncidences,
là où le vivant surgit au détour des flux automates,
et l’encre d’exil a imbibée toutes les feuilles,

les blessures de ce Temps faites au milieu,
leurs tensions innervent chaque seconde, chaque minute,
mais le Temps en toi est fini ; rien n’arrive, ni se passe,
tes corps inertes sont figés dans la brume, la profonde nuit,
et l’Éternel est devenu ce chemin sans personne,
parmi les arbres électriques, les écrans magiques,
nous devenons des autres imaginés, nous rêvons …

Il y a des corps-animaux dont les astres vibrent,
dans le silence des spectres et des choses,
des grandes parties de lumières, blanches et nacres,
des jeux de variations, intimes et subtiles,
et j’abandonnerais ma propre blessure,
le texte noir qui dévore le soleil, par le feu et l’ombre,
de la plaie sans rien autour ; ni vivants, ni morts.

Je renoncerais aux mondes étroits ; aux nuits d’orgueil,
pour fabriquer le passage, entre deux vies, par les signes,
aux frontières transpercées, fragiles ou bien poreuses,
et dans ses corps est venu le monde d’après ; le message,
la guerre des signaux, menée aux sinistres créatures,
le sens qui provient des murs lézardés et détruits.
Tu seras mien sans regrets, sans appels, sans revoir …

MP – 24012025

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