Amour industriel

« Le créateur, l’exécutant qui est recréateur actif, l’auditeur qui est recréateur fictif participent tous les trois à une sorte d’opération magique : l’exécutant coopère avec le premier opérateur en faisant exister l’œuvre effectivement dans l’air vibrant pendant un certain laps de durée, et l’auditeur, recréateur tertiaire, coopère en imagination ou par des gestes naissants avec les deux premiers. »

Vladimir Jankélévitch, « Le charme et l’alibi », « L’opération poétique » in « La musique et l’ineffable » p.91, Seuil, 1983.

Les mémoires innombrables, ouvertes, dressées, vives et alertes,
les mêmes déclinaisons vitales ; la musique lente, sombre et grave,
les rythmes larges et sourds qui syncopent tes mouvements,
alignent en une ligne de rage et de fuite ; toutes les intentions,
et dans l’espace brûlant tout autour, par le temps fixe, rendu immobile, des blocs de sons apparaissent et disparaissent, comme des spectres animaux, des audio-guides,

ces construits visuels et sonores, des sculptures délicates et sensibles,
fabriquent les rêves intimes ; des alarmes qui prolongent le futur,
l’axe rigide et la structure froide, la forme sensible et l’audio spectre,
cette musique vague et immense d’une dimension sans limites,
est faite de nombreux sensa ; de gestes arrêtés comme désintégrés,
de mouvements amples, souples et figurants, de grandes formes,
qui se glissent dans les ombres de la cité, tout près de minuit.

Et quand je t’écoute si grande, si belle musique industrielle,
froide, syncopée et rythmique ; je vois ton sang noir et magique couler ; par les terminaisons nerveuses, je vois la même pression physique se former au delà du Temps, le présent pris dans le futur aidant, aimant, la vie intacte sans souffrances, je me souviens des visages qui ont dit ces sons ; les murmures de l’enfant et tout les froids rappels, les mêmes ouvertures dans l’espace ne sont que des parties de structures, de mélodies, de formes,

et les aplats figures qui se déportent dans toutes interactions,
sont des spectres physiques et symboliques, de grandes sculptures,
des monuments abstraits, des architectures d’images et de sons,
quand ses voix sont codées, transformées, devenues autres,
la mémoire profite du dressage, de l’écoute attentive et habituelle,
pour aligner des stratégies d’action concrètes, des futurs rendus possibles, des complexes d’objets incarnés et puis des restants glacés de vie …

Ah souviens toi du fluide noir et or, de la passion des machines,
venues des mathématiques sonores, des motifs qui oscillent et déclinent en une physique fractale, symbolique, sensible et sensorielle, la dévolution des vivants symboles, la mise en marche des corps-esprits, sur des arêtes droites et coupantes, des remords, de noirs ressentis, le même avenir réglé, informé, retracé dans l’espérance du nouveau, dans cette église blanche, les communiants adressent des prières …

L’espérance est de croire en la puissance musicale ; la forme maîtresse qui guide, aligne, dirige et trace un chemin vers d’autres ailleurs, tout nos rêves devenus mobiles, changeants, par la grâce du futur, bien incarnés dans nos corps possibles, dans la présence mémorielle, la volonté qui suit très sérieuse, la texture vivante, sculptée, abstraite, dans cet espace-temps de l’imaginaire ; la forme du spectre. Je vois le monde par la musique d’industrie et d’amours ;

et les milliards d’accroches sensitives pointées sur les interfaces,
les nombreux objets captures organisés en masses complexes,
les capacités des sons, prises dans les neurosphères, les anticipations qui heurtent et dérangent ; tous ces individus qui résistent et forment des assemblées de forces sont des passeurs de mémoires, pour des insistantes traversées, sur les sables minutes, ou les graphes de présences, regarde bien et entends avec nous, la forme unique de tout ce qui arrive.

MP – 20122024

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