« Il faut admettre que toutes les habitudes de la nature doivent tendre à une unité qui ouvre à l’activité de l’homme un champ infini. A travers tous les royaumes qui sont du domaine de cette unité, des faubourgs aux frontières des choses, elle est fidèle à la cause d’où elle tire son origine – c’est-à-dire l’Esprit. Elle suggère l’idée de l’absolu. Elle est un effet perpétuel. Elle est une grande ombre qui cache toujours le soleil derrière nous. »
R.W. Emerson, « VII L’Esprit » in « Nature », [1836], Traduit de l’anglais par Xavier Eyma et Marie Dugard, Présentation par Hicham-Stéphane Afeissa, p.87, Editions Le Pommier/Humensis, 2021.
Ferdinand van Kessel’s Four Parts of the World (ca. 1689). Paris.
Les chiens du Temps ont couru, aveugles, sur nos lignes de fuites,
avec le sang qui de rouge vermeil est devenu plus noir que la nuit …
Ce ciel qui saigne dans l’azur, pendant qu’ils aboient à l’horizon,
l’incendie course leurs cœurs battants seuls au milieu des horloges.
Voir et toucher l’air frais du soir tombant, les entendre hurler,
dans nulle part et ici, maintenant, tout autour de leurs meutes fidèles,
A leurs traces scintillantes, lumières et ombres, trahisons et sermons,
dans le grand minuit, les flammes du soleil ont retourné tous les jours …
Les enveloppes de lumières qui baignent ce présent, là, absolu.
L’instant comme une écharde, une percée dans la chair,
le paradoxe que porte cette pauvre créature, synthèse du fini et de l’infini. L’esprit humain qui s’étend à l’infini dans l’âme de l’individu, les lois de la Nature versus les lois humaines ; l’hybris tragique. Plasticité furieuse, mouvements des marées et ciels d’une industrie, amers. Tout cet astre symbole comme une langue que seule parle la Nature,
Il fait froid, quand tu te tiens seule près du berger des troupeaux,
emmitouflée dans une laine grisaille, à fixer l’opale nacrée du soleil.
Toi créature divine, poète à l’œil transparent, qui murmure aux animaux dans les vapeurs humides qui remontent de la terre meuble. Ecarter la brume blanche naissante de la terre gorgée de pluies.
Voir le visage du grand dieu Pan, la frondaison ultime, le recours aux forêts dans les arbres alignés et sauvages, le poète marche avec douceur …
Les signatures de l’Esprit sont là disponibles, à chaque vision du poète. Elles ressemblent à ces traits nouveaux, surgissant, sur ton beau visage …Tes yeux noirs amandes, ces vagues translucides, qui ont envahi l’instant laissant fondre les nerfs dans une symbiose naturelle et unique. Et dans ces milliards de clôtures qui ont séparés les vivants, du seul lieu tranquille de l’univers, la promenade est attentive, la Nature et l’âme illuminées par les symboles …
Ah franchir les frontières, les imbéciles panneaux, droits, rectilignes,
plantés à l’orée de chaque champ pour définir, exclure et préciser ;
les directions froides, iniques, les absences d’extérieurs, d’unités vivantes. Cette forme malade, creusée de tunnels, de cavernes, parsemée de trous percés dans l’âme blessée, le corps en repli, souffrant comme nié … Dans les souterrains obscurs, là où la lumière ne rentre plus … Il n’y a que des ombres d’êtres qui hantent les murs et ne savent plus rien.
Et les textes symboles qui remontent au fond du chant du poète,
Ont vêtus les habits de l’arbre, de la souche, des racines, des folles rivières. L’oiseau qui piaille à l’oreille des poèmes, récités par cœurs après minuit ; le renard, le hérisson, le corbeau, la taupe qui glissent dans une douceur inquiète, sur des tapis de feuilles et d’herbes jaunies par un bel automne. L’Esprit du symbole employé marque les brumes blanches et vagues, on l’entend au loin dans les échos de pluies, de plantes et de soleil, c’est une couleur sombre, or et verte qui traverse toute l’étendue des corps.
MP – 08112024
