« Éternité, je t’en voudrais de ne pas exister
Si je ne connaissais pas ta bouche vendue
A l’humanité toute entière
Éternité à la portée de tous
Alcool véritable pour ne jamais dessoûlerJ’ai croisé le petit garçon une autre nuit
La terre a porté ses fruits dans ses yeux vieillis
L’eau ce n’est plus que la flaque sous les pieds
Et la sirène se prend pour une déesse
Éternité piédestal
Mon rêve est cristal
Le monde se perpétue dans des miroirs inédits
Ou il est toujours possible de se regarder mourir. »Alice Gallienne, « La carte du pendu » in « Le livre noir : d’avril à septembre 1988 », « L’autre moitié du songe m’appartient », p.142, Gallimard, 2020.
Caspar David Friedrich, Moonrise by the Sea, 1822
L’enfant dans l’homme qui regarde les vagues transparentes,
le bleu monochrome et les rayons délicieux du soleil,
Foyer d’attention et de souvenirs vivants,
l’océan et le sable, les dunes, le vent ont marqués ses corps,
de bouquets d’impressions variés, infiniment multiples.
Quelques nuages vont et viennent et s’effilochent,
au loin s’appellent la nuit, les spectres et le silence,
et le goéland jaune d’or, noir et blanc, attrape les poissons,
à la surface de l’océan des écumes mélangées,
des manteaux blancs et bleus que le vent frais fait plier
comme les rides sur le visage d’une amie que chaque mot fait saillir.
Et ce bruit de fond qu’il fait sans jamais cesser,
cette musique-monde qui enveloppe ses moindres gestes,
possède la lenteur, le temps presque immobile qui permet le souvenir.
Ce temps rien qu’à soi et cet ennui si merveilleux …
Il faut le tenir ferme dans ses poings comme le sable doré,
Ah l’enfant dans l’homme est protégé du mal, il survit,
ses regards perdus vont et viennent dans un pays secret,
tout à l’intérieur, il y a cette force vitale, le fil d’acier continu,
le fil que suit le mouvement vivant, pour faire advenir toutes choses.
Au delà de l’enfant-signe, il n y a plus rien, que la femme et l’homme,
qui se tiennent la main, doucement, en regardant l’océan,
il suffira de fermer les yeux pour plus tard, pour se souvenir,
fermer les yeux à tout moment, peu importe les lieux,
il suffira d’imaginer le temps de l’océan qui est déjà tout autre,
le temps prodigieux qui s’est étiré pendant des mois et des mois.
.
Pour faire remonter les souvenirs et les sensations de cet ailleurs,
lors des vacances de l’âme, bercé par le soleil, le sel et le vent,
il n y avait rien à faire, aucun compte nulle part à rendre,
aucun travail épuisant, aucune force aliénante, aucune violence,
même les contraintes temporelles s’étaient brisées,
une à une sur les rochers et le sable indifférents.
L’enfant dans l’homme survivra encore à la fin du Temps,
dans chaque génération qui arrive et se fait gardienne de l’enfance,
chaque motif recueilli dans la bonté des animaux, de l’eau bleue et blanche,
et la fragile et divine impression de l’enfance,
recoupe sans cesser les noirs manteaux de la ville,
cette poésie d’un monde qui, en soi, ne disparais jamais …
La fragile impression de l’enfant, quand blottis à l’intérieur,
pour s’en faire des sculptures, des musiques, des miroirs vides,
les êtres vivants rêvent de l’enfance de leurs mondes,
et ressentent la pulsation de l’Esprit qui émerge dans la Nature,
ce rythme puissant, continu ; une vague de signes, sensible,
qui a soigné les blessures des solitudes et vaincue toutes alertes.
MP – 09102024
