L’enfance est un rêve

« Lac noir, barque noire, deux silhouettes de papier découpé, noires.
Jusqu’où s’étendent les arbres noirs qui s’abreuvent ici ?
Leurs ombres doivent couvrir le Canada.
Une petite lumière filtre des fleurs aquatiques.
Leurs feuilles ne souhaitent pas que nous nous dépêchions :
Elles sont rondes et plates et pleines d’obscurs conseils.
Des mondes glacés tremblent sous la rame.
L’esprit de noirceur est en nous, il est dans les poissons.
Une souche lève en signe d’adieu une main blême ;
Des étoiles s’ouvrent parmi le lys.
N’es-tu pas aveuglés par ces sirènes sans regard ?
C’est le silence des âmes interdites. »

Sylvia Plath, « La traversée » in « Poèmes 1959-1963 » in « Poèmes, roman, nouvelles, contes, essais, journaux », p.332-333, Gallimard, 2011.

Photographie. Cave Pommery. Expérience#16. Rêveries. Reims.

Il est toujours là le maigre souvenir,
le bloc de glace translucide, la lumière diffuse,
l’absence de marques dans les rêves de cristaux,
la possibilité du tout autre à chaque moment,
la vision rameutée devant soi, à tout instant,
la bouleversante vision qui déclenche tous les rêves,
et l’espace que chaque essai reconfigure,
est l’espace chéri, les existences fastes et sublimes,
dans les neiges folles qui tombent,
le bleu du ciel immense miroite ici-bas,
dans les rivières très légères, les eaux musicales,
et ton reflet, mon âme chérie, jouant cette musique folle,
est l’image du corps du fils et des filles du vent frais et des remords,
quand je te regarde au loin par delà le sommeil,
je ne vois que cet.te autre à moi, l’inspiration de l’enfance,
et dans les chaînes du futur, cette brèche là est immense,
le chemin d’enfance qui poursuit seul, plus au loin dans nos chairs,
la destinée des espoirs sans lieux fixes, ni temps arrêté,

et quand se dévoile la fille des tempêtes,
la marée de signes froids et bleus, les blessures du temps,
et quand la mer a tenue le ciel à distance,
dans les nuages amoncelés, l’orage gris et étincelant,
et que rien sur le sable ne peut s’imprimer, se garder, y rester,
à cause des marées profondes, des mémoires blessées,
dont le travail d’esclaves efface les possibles futurs …
Il reste ton visage, mon ami.e, les traits mobiles, fugaces, vivaces,
qui nous portent au delà des mers et des prévisions,
ton visage qui reste et ramène la sensation d’être ailleurs, avec les autres,
et ces yeux vivants qui regardent pour te voir …
L’instant fragile, éternel du contact sensible ;
le visage est une divine présence, un ressouvenir de la vie,
il tient en lui le sourire, la musique et les yeux, prés du mouvement vital,
il est convocation et appel à la responsabilité ..

Ces chemins de lumières et d’eaux vives,
rafraîchissantes, ultimes, font ta force vivante,
de ce retour en arrière toujours rendu possible,
l’amour des commencements et des fins, les terres de l’enfance,
qui accueillantes, abritent le songe des corps aimants,
et l’empereur des signes alpha-métriques surveille,
planté au cœur des galaxies du sur-contrôle et de la peine,
par tous les temps, dans toutes les cités du monde,
il surveille les montreurs et montreuses de rapports,
ces effrayantes déclinaisons du tout à l’écrit,
l’écriteau débile qui fixe la commande et l’obéissance,
alors que nous crions à l’extérieur de la vitre et du code,
nous crions pour devenir soi ailleurs, autrement,
devant les réponses qui se tordent et se figent, les muettes stupeurs,
coucher les signe sur la feuille, fixer par le cristal, l’entrelacement,
de la forme et du contenu, tenus ensemble,
et contempler le morceau de neiges, sculpté, le devenir-monstre,

Et par cette évocation permise par le signe défié,
de cette période enchantée, rude et bienheureuse,
par laquelle remonte la sensation vive, le souvenir éternel,
qui prends forme et irrigue la passion du poème,
je sais le monde arriver, devenir autre et finir ensemble,
je crois à la force des esprits et à l’immensité des corps,
ceux-là qui toujours parviennent à faire remonter le souvenir du reste,
de ta vie et de ton temps qui défilent sans arrêts,
devant l’imagination sublime, le moteur des vivant.es,
et parmi les étoiles du ciel, les diagonales lumineuses,
qui vont percer les couches du rêves et des symboles,
pour finir par effacer la pesanteur, les traces…
Ah la focale du rêve de l’enfance, permet tout,
car nos géniteurs ont permis les voyages multiples,
ils ont ouvert la conscience vague, et travailler le corps sensible,
et qu’ont-ils voulus, ils ne le savaient pas eux-mêmes …

MP – 12072024

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