La dangerosité des mouvements d’extrême droite qui tentent ou élaborent des tactiques de crédibilité minimale dans l’opinion publique en Europe, aux États-Unis, en Amérique du Sud, en Afrique, en Asie ou ailleurs tient en cet enfumage généralisé quand aux contenus des programmes communiqués et aux techniques d’incarnation de mouvements politiques qui prônent fondamentalement la haine de l’étranger et le repli vers des frontières rigides et infranchissables. Ne pas tomber dans le piège d’une perception adoucie des dangers de l’extrême droite revient à qualifier son projet politique et idéologique comme étant intrinsèquement dangereux pour la démocratie. Ce qui n’est jamais le cas pour ce que les pouvoirs il-libéraux ou presque il-libéraux qualifient d’extrême-gauche. L’arc des extrêmes comme lecture politique simpliste de l’échiquier des forces idéologiques est donc une lecture artificielle, une arme rhétorique dans la bouche des conservateurs car les progressistes seuls agissent dans l’intérêt des plus faibles, ceux et celles qui donnent le là et l’utilité de la solidarité collective.
Ainsi la question de la spécificité du choix des valeurs pour l’extrême droite se pose. Le RN en France, Trump aux États-Unis, Orban en Hongrie, et les régimes autoritaires religieux se recoupent dans leurs priorités données à l’adhésion sans critiques possibles aux socles de valeurs et aux normes instituées du régime politique autoritaire, économique et social. Cette démarche là qui consiste à abandonner l’esprit critique et la liberté individuelle de vie et d’expressions, est une démarche commune à tous les régimes autoritaires quelles que soient leurs colorations idéologiques. L’individu seul, comme nœud de résistances est fondamentalement nié, renvoyé à une erreur système, un résidu insignifiant, un déchet d’une organisation optimale de la communication politique, autoritaire et fasciste. Et si l’extrême droite et le conservatisme violent à la Trump consiste à redonner de la fierté, ou de la grandeur à la Nation, cela se fait toujours au détriment des plus faibles et des plus vulnérables dans une logique fanatique du tout ou rien, de la séparation sociale et organique vis à vis des plus pauvres et de l’exclusion des ennemis de l’intérieur.
Il est si dommage et en même temps consternant d’éprouver le risque de l’exclusion par la voix officielle d’autorités politiques réputées démocratiques lorsqu’elles ciblent des opposant.es, dans le camp des valeurs justes, du progrès raisonnable et de la démocratie sociale, politique et économique. Qualifier un mouvement d’opposition écologique d’écoterroriste en France, c’est ainsi discréditer et stigmatiser des opposant.es qui désobéissent à l’ordre mondial établi au nom de valeurs éthiques décisives et à la signification importante pour la survie même du régime démocratique. C’est de cette façon de parler violente et vulgaire toujours disqualifier un ou une adversaire par la mise à la vindicte populaire de ses motivations d’actions et de refus légitimes. On reconnaît là des techniques de communication éculées de propagandes de piètres qualités.
Quelle est cette force qui unifie les régimes autoritaires, racistes, conservateurs, en Europe et aux États-Unis, en Afrique, en Asie et dans les pays Arabes ? Quel est ce rejet souvent non dit et irréfléchi, de la forme de vie démocratique qui est aujourd’hui effarant, dans cette mesure où près de 70% de la population mondiale vit sur notre planète sous des régimes d’actions et de discours autoritaires [Source : Institut suédois Göteborg] ? Il y a d’abord l’exigence démocratique qui est très élevée, parce qu’elle s’accompagne d’une possibilité de vivre ensemble et différemment dans une même société construite autour de mécanismes de défense et de solidarités qui concernent chacun et chacune. Il y a également l’économie des conduites sociales et psychiques qui est un enjeu politique fort du maintien d’une paix civile durable et d’une possibilité de bien vivre ensemble.
Le régime autoritaire s’accommode d’une économie de conduites effondrées, de liens sociaux fragilisés, de solidarités absentes parce que la vie pour soi, sa propre survie inquiète est devenue trop importante et passe avant tout le reste, sa vie est en jeu. Et cet accommodement qui semble répondre à la primitivité de nos vies (Que va t-il m’arriver ? Qui es tu pour me reconnaître en tant que personne humaine ? Que puis-je faire pour assurer ma propre sécurité et celle de ma famille ? ) est permis et renforcé par l’hypertension des échanges issue du capitalisme néolibéral qui ouvre à la violence de la relation humaine codée et limitée à une transaction juridique et commerciale ; un achat de marchandises et de forces de travail capitalisables. Parce que l’économie capitaliste fait peser sur les simples choix individuels une rationalité dite « stratégique-instrumentale », qui implique un recentrement sur son propre ego, nous semblons n’être réduit qu’à des rôle sociaux prédéterminés par l’offre des dominantes symboliques, culturelles et politiques.
Ainsi les bêtes immondes du fascisme et les régimes qui en sont de pâles copies, se nourrissent partout et à tout moment de la peur bio-sociale pour sa propre survie, son existence politique et psychologique même ; elles grignotent peu à peu l’espérance des plus vulnérables et symbolisent l’action des régimes politiques qui font du repli sur soi, de la compétition d’ego violente, de l’exclusion souverainiste dite « populaire » – le peuple valorisée contre le droit des juges et de la constitution démocratique – les principes mêmes de leur construction idéologique.
Malheureusement, la justification en valeurs de ces régimes il-libéraux prétend se fonder sur des valeurs supérieures à la démocratie ; la protection à tout prix de la Nation, le respect absolu de la famille, le peuple élu souverain contre l’État de droit, le peuple comme unité de base de la société, le rejet du métissage libéral, la pureté de l’identité sociale et culturelle, et de la transmission de patrimoines culturelles de génération en génération. Et ces régimes s’organisent entre eux, fondent des possibles institutions alternatives (l’institution du « BRICS » par exemple est un exemple fort intéressant) qui bientôt pourront heurter les institutions traditionnelles des démocraties.
Ce qui est remarquable ici, c’est l’absence totale de considération pour la liberté individuelle et la sécurité collective, le rejet d’une politique d’acquisition et de préservation de droits au nom de la sécurité économique et la permanence d’un passé mythique ou d’une totalité auto-thétique, de pseudo-valeurs transcendantes, séparées de l’ordinaire de nos vies et de la perfection même d’une tension et d’un effort vers la compréhension de cet ordinaire. Nous sommes en effet tous et toutes vulnérables à un moment crucial de notre vie – la naissance ou la mort (ces évidences terminales) – et nous comptons légitimement sur la force publique (État, administrations ou hôpitaux) pour s’intéresser avec bienveillance à nos douleurs, nos faiblesses ou nos craintes.
Défendons partout quand c’est possible, ce régime politique libéral constamment attaqué qui allie sécurité, solidarité et liberté – trois valeurs si importantes et reprises dans le modèle d’émancipation de l’individu. Cette opposition fine qui traverse en filigrane comme un horizon éthique, les différentes nuances que prennent les politiques privées et publiques des États-nations, est celle de l’autoritarisme et de la liberté, du groupe dominant et de l’individu seul, de son assujettissement, de sa dissociation interne et de l’émancipation par l’éducation de ce même individu par la société qui le traverse, : cette opposition comme conflit et moteur historique est d’importance pour comprendre les tension politiques du monde actuel.
Ce régime politique libéral parce qu’il rend possible la forme de vie démocratique a prouvé dans l’Histoire, sa grande utilité pour le maintien de la paix entre Nations et la garantie d’une concorde civile, car il respecte la nature du droit humain naturel et évite le piège actuel dangereux de l’autoritarisme tendu à ceux et celles qui, fascinés par l’hypothèse de la souveraineté populaire perdue alliés aux nombreux conservateurs et réactionnaires succombent à un futur dramatique de guerres, de compétitions entre Nations et de haine de tous contre tous.
Fragments d’un monde détruit – 68
