Seconde nature

« La nature donne satisfaction à un plus noble besoin de l’homme – l’amour du beau.
Les anciens Grecs appelaient le monde Kοσμος « beauté ». Les choses sont ainsi organisées, que la faculté plastique de l’œil humain est telle que les formes primordiales, le ciel, les montagnes, les arbres, les animaux nous procurent un plaisir qui leur est propre, – un plaisir qui naît de la ligne, de la couleur, du mouvement, de l’harmonie des groupes. »

Ralph Waldo Emerson, « III La beauté  » » in « Nature » [1836], « Nature suivi de Société et solitude », p.45, Traduit de l’anglais par Xavier Eyma et Marie Dugard, Présentation par Hicham-Stéphane Afeissa, Le Pommier/Humensis, 2021.

Toucher la vitre de l’eau cristal, tenir le mouvement,
d’une bête-oiseau frêle et fragile, entre ses doigts,
des os à pinceaux qui se meuvent dans l’espace,
et ramènent des couleurs et des sons rouges sang,
jetés sur la toile immense d’une divine Nature,

Ces corps d’amours et de feu-lumière,
cette trace du spectre qui s’imprime sur ta rétine,
et toutes ces brisures aux arêtes fixées à l’instant,
de la conscience pressée vers ses objets,
de l’image pleine, entière, d’un autre que soi,

Là où frôle le regard à l’envers de la scène,
le regard de Dieu-Nature qui vient de partout et de nulle part,
les éléments mêlés ; terre, eau, air et feu,
dont les solitudes crient dans le silence,
Il y a une autre ici et c’est toi,

Bêtes rapides, si fuyantes, gracieuses dans la nuit,
ces corps sensibles sont mus à l’intérieur d’eux-mêmes,
par des sensations de forêts, de ciels et d’océan,
du vaste monde-désert de la question effrayée,
Comment te sens-tu ? Comment vas-tu ?

Le sujet effacé, comme ce point-limite qui s’évanouit,
n’est plus qu’une borne établit et mouvante,
et ne répond pas à ces jonctions de morts et de pertes,
il n’est pas là pour répondre à ceux-là du désespoir,
Ceux qui marchent squelettiques, à la croisée,

des chemins d’abîmes et de folles visitations,
qui passantes les filtres-tamis du vide,
remplissent les bouches des petits rois-prêtres,
ceux là se congratulent par des intérieurs bien semblables,
toute cette technique affreuse, qui s’empare,

des frontières et des scènes du monde primitif,
qui fait du plaisir organique sa petite chose inerte,
ce calcul sidérant des forces exploitées,
par les pulsions de vie et de mort,
quel est ton rythme de sang, toi, Empire de labeurs ?

Cette scansion que tu répètes contre nous,
et qui contient les réductions des âmes bon marchés,
figées dans des vases de sables bouillis,
leurs livres de commandes sont remplis de gribouillis,
et la mort a suivie leurs mains aux stylets,

Lèves les yeux-miroirs vers le monde et respires,
apprend la lenteur des choses muées en vision,
toutes ces masses sensibles qui t’entourent,
Fuit le monde à la vitesse des infinis contacts,
qui disparaissent dans ses rêves de glaces.

Et la solitude des étoiles, emporte tout,
dans le fracas du cerveau lumineux qui écoute,
la musique venue d’ailleurs, le signe et le symbole,
remplis d’aspérités, de contours et de textures,
qui lorsque on les touchent, s’évanouissent.

Voir le mouvement vital et sentir en soi, la présence,
d’une puissante terre-musicienne,
qui accordent l’harmonie froide des astres,
à l’instrument délicat des yeux, des attitudes et des gestes.
Vivre dés lors n’est plus un travail ou une douleur.
Vivre avec toi Nature nous libère …

MP – 31032023

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *