Primauté du vivant

L’intérêt d’une approche anthropologique et philosophique globale de nos manières de vivre et nos interactions sociales à partir d’une vue d’ensemble qui contiennent les différentes formes de la vie existantes ; la « forme de vie » capitaliste ou bien la « forme de vie » communiste pour reprendre une filiation et une polarité historique déterminantes du XX° siècle, tient aussi en une possibilité de surmonter les techniques, les cultures et les gouvernements spécifiques d’États-nations différents et uniques, pour ré-atteindre le sens même de nos vies sociales, naturelles et organiques. Affirmer que la réalité sociale et naturelle appartient à un ensemble anthropologique global signifie remettre au premier plan les vulnérabilités et la texture sensible de nos vies par delà les différents culturels, nationaux et/ou religieux.

L’humilité et le caractère nu et vulnérable de nos corps humains et vivants, cette pauvreté fondamentale doivent pouvoir tenir comme des facteurs décisifs de possibilités de rencontres et de compréhensions au cœur d’une politique du vivant qui a enfin pris la mesure des bouleversements naturels liés aux changements climatiques et à la nécessité d’une restauration réfléchie du lien interne de l’Anthropos avec la Nature. Dans un régime de catastrophes naturelles, d’exploitation différente de ressources, la psychologie politique prend une toute autre dimension dés lors qu’elle s’occupe du vivant actuel, des « bio-stratégies » qui relient les humains entre eux dans la perspective d’une unité politique forte et d’appréhensions différente de la planète-monde.

Tracer une ligne d’attachement à des « formes de vie » (capitaliste-moderne) et/ou alternative (socialiste, écologique, ultra-moderne) permet de creuser à l’intérieur d’elles-mêmes et dans nos textures sensibles, nos chairs, nos constructions morales, symboliques ou physiques, des relations fortes et immanentes qui vont rendre de nouveau possibles les connexions entre des éléments disparates mais ressemblants, au cœur d’une « forme de vie » nouvelle, faisant le futur et l’origine de la vie plurielle et démocratique. Il est remarquable et sans cynisme obligé, qu’au temps d’une crise naturelle majeure qui engendre des catastrophes et un nouveau régime politique de gestion de crises naturelles (incendies, tremblement de terre, inondations, tsunami), nos gouvernements soient capables d’aider en toute urgence les masses de vivants en dépassant parfois la logique institutionnelle classique.

L’effroi et la sidération, la panique collective, le sentiment d’abandon et de dénuement total devant ce tremblement de terre en Turquie et en Syrie qui est une catastrophe majeure de notre temps seront ainsi des marqueurs émotionnels puissants qui doivent mobiliser l’action de solidarité par le recours à un instinct universel d’Humanité. Bien qu’opposé au régime turc et syrien, l’Europe et les États-Unis soutiennent des actions de solidarité internationales de même que de nombreux pays du monde, parce que soudain aussi dans leurs populations, leurs masses actives et humaines, si ce n’est pas au niveau des gouvernants et des autorités, seules comptent pour tous comme ce ressaisissement d’évidences terminales ; la vie, sa fragilité et sa protection ultime.

D’où vient cette possibilité de trouver un alliage puissant de bonnes volontés par delà les frontières nationales et les affrontements de gouvernements, au cœur d’une même « forme de vie » globale qui va concerner l’Humanité et le vivant ? Ré-ancrées sur le sol de nos réactions primitives (douleur, joie, pitié, crainte et toute la palette des émotions premières), nos capacités à lire un autre proche ou distant en détresse font d’elle ou de lui, un frère ou une sœur en Humanité. De nouveau certain de notre appartenance aux vivants, nous devenons capables d’une culture psychologique et politique commune d’évaluation pragmatique des crises et des futurs qui nous englobent en tant qu’Humanité.

Percer la couche institutionnelle classique, sa logique de mise en ordre verticale et hiérarchique, dépasser une action dyadique gouvernementale pure de rapports de forces, afin d’atteindre le cœur du psycho-pouvoir dans sa logique de justification propre (la manière dont le chef fait peser sur ses administrés et citoyen.nnes une certaine représentation duale – je sais/tu ne sais pas – du pouvoir qui semble priver ces mêmes citoyen.nnes d’une capacité d’initiative démocratique) vont permettre de recontacter les moyens d’actions et de solidarité vivants dans la grande société mondiale.

Cette logique de la reconnaissance d’évidences terminales ou ultimes (la mort, la naissance, la douleur, la joie ou la pitié pour exemples) qui est une logique de la reconnaissance du vivant dans ses expressions mêmes, tant qu’elle est possible dans notre temps de crises, détermine des pouvoirs nouveaux reliés à un régime de discours et de gouvernements nouveaux qui tiennent compte des formes de la vie en dépassant les frontières sensibles, organiques, institutionnelles ; les isolements culturels, institutionnels ou stratégiques pour alimenter l’ambition d’une politique du vivant pour le XXI°siècle.

Fragments d’un monde détruit – 51

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