Mariés à la nuit

« L’indestructible est un ; chaque homme l’est individuellement et en même temps il est commun à tous, d’où cet indissoluble lien entre les hommes qui est sans exemple. »

Franz Kafka, « Réflexions sur le péché, la souffrance, l’espérance et le vrai chemin » §70-71, Payot-Rivages, 2021.

Jacob’s Dream (late 16th century), by Adam Elsheimer

Les cris des oiseaux saturent tout l’espace,
à l’aurore flambent leurs bruits aigus, des vacarmes,
et ma tête est comme saturée, remplie d’échos,
l’œil fixe, et le corps happé par un but qui s’échappe,
toujours les appareils tout autour, émettent des sons,

des lents bruissements, des lames de fonds,
qui par derrière emprisonnent l’oreille sur les empreintes,
dans tout ce qui émet du son tout autour,
et s’hybrident avec les mots, les images, les rêves,
et la répétition de leurs spectres est une obsession,

ils ont l’air de s’allier dans une révolte du quotidien,
tout ce qui était disponible ne l’est plus,
au demeurant, il n’y a plus de maison, de lieux pour vivre,
et je suis seul comme l’idée du dernier voyage,
du temps infini qui glisse, fantomatique, au présent,

et j’ai l’esprit capturé, le corps en exil et sans âmes,
avec ce reste de surface, cette percussion sans profondeur,
tandis que tous mes gestes se perdent dans l’abîme,
et qu’il n’y a rien à dire devant nous, que le vide,
rien qui ne se puisse dire hors du présent …

Tu auras beau parler, ton monde n’est pas le mien,
et les limites entre nous sont infranchissables,
toutes les aspérités fortes, les angles de la rencontre,
ont mués en larmes coupantes, amères et déchirantes,
Il n’y a rien que tu ne puisses faire,

et j’ai soif de silence mais le silence n’est qu’affreux, inhospitalier,
il réside à l’intérieur des objets, les rendant froids, blancs et inertes,
aucun mouvement vital passe dans ces ruines,
tout est effondré, par ces contacts, à l’extérieur détruit,
et la seule intention qui vaille est celle, inconsciente,

dont les départs de gestes sont empêchés, et refluent bien avant,
par les scènes mortes, les personnages aux mobiles effacés,
je ne peux nourrir d’intentions pour les choses, ou les personnes,
et l’existence que je porte est sans mesures,
sans rien qui déclenche, informe ou agis.

Et ensuite viendra l’errance, la solitude des étoiles,
et le voile dissipé des illusions, la grande idée qui remue le cœur,
nourrit l’espérance et allume la lumière dans tes yeux …
Regarde moi, toi, cet autre infini futur, car je suis encore vivant,
je n’existais plus et j’existe par tes signes maintenant.

MP – 17112023

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