Les pièges du relativisme

Rendre une opposition politique, sociale et psychologique crédible contre la société de contrôle (SdC) et le régime archaïque autoritaire implique l’exercice d’une dissidence interne à l’intérieur d’une forme sociale limitée, empêchée par les pouvoirs répressifs ; la SdC est le prototype de la société moderne néolibérale qui exploite les TICC (Technologies de l’Information, de la Communication et de la Cognition), le régime autocratique est le prototype d’une société réprimée, à peine formée, et archaïque basée sur le contrôle vertical hiérarchique et la concentration des pouvoirs par des polices a-sociales sécuritaires et une institution monolithique.

Les deux formes a-sociales répressives ; SdC et régimes autoritaires ont des aires de ressemblances fortes, notamment dans le régime autocratique contemporain le plus puissant de notre planète (Chine) ; elles exploitent des techniques de psycho-contrôle des corps, de l’Information et de l’Histoire. Le combat contre le régime autocratique induit un apprentissage de l’Histoire des différents régimes politiques afin de repérer et de montrer les traits typiques des techniques de conservation du pouvoir. Chercher un type d’assujettissement ou un prototype d’autorités n’est pas prétendre appliquer de manière anachronique un régime politique sur un autre, sans respecter leurs constructions historiques relatives.

Mettre sur le même plan des événements historiques incomparables comme l’obligation d’un passe sanitaire et le port de l’étoile jaune pendant la seconde guerre mondiale par une population persécutée, relève d’une violence relativiste qui égalise les événements historiques et détruit les leçons marquantes qu’ils peuvent nous donner. C’est là un piège pour une extrême opposition politique mal pensée et mal construite, qui confond dans un régime de discours de confusion, les différentes portées historiques des événements dans le Temps. Le relativisme permet le nivellement des croyances et leur annulation finale dans un « tout se vaut » particulièrement séduisant et dangereux. C’est ainsi que l’antisémitisme contemporain progresse pour des forces qui se réclament de l’anticapitalisme et de l’antisionisme, incapables de ne pas pas viser en les mêlant, les puissances de l’argent et la figure de la judéité, faisant d’elles, des ennemies à détruire. Comble de l’ironie, une certaine extrême gauche et l’extrême droite unit contre la finance « mondiale », parviennent à alimenter une haine de l’autre remarquable.

Le juif obsédé par l’argent et le contrôle d’un pouvoir secret, l’arabe musulman terroriste et arriéré, le chrétien forcément malade de ses instincts et coupable ; ces types purs d’une haine de l’autre historique sont exploités à l’envie par des groupes politiques dont la vocation est de rassembler le ressentiment contre les pouvoirs en place en offrant des boucs émissaires faciles aux problèmes sociaux, politiques et économiques rencontrés par les masses. La figure de l’ennemi est ainsi incarnée, elle prend formes, corps, discours, images et chairs, dans la logique de l’opposition dite populaire, le grand capital et le complot mondial, le spectacle des puissants, l’invasion culturelle par les migrations ; tous ces leviers d’adhésion de masse permettent de mobiliser cette pulsion négative qu’est le ressentiment. Déjà dans les années 1930, en Allemagne, cette logique terrifiante du ressentiment et de la haine de masse exploitée comme un filon par le NSDAP avait lieu, prenait corps.

Sortir des pièges du relativisme, c’est remettre les événements, les faits, les croyances dans une perspective historique car seule l’Histoire nous préserve d’un mal futur. L’horizontalité massive des réseaux sociaux numériques permet de contourner les processus de sanction scientifique sur des communications échangées sur ces réseaux, sans garantie de sérieux ou de sources. Cette stratégie de contournement offre un espace d’expression ouvert, anarchique, d’une possible violence inouïe, contre des autres, des choses et des faits fantasmés comme ennemis. La pseudo liberté avancée par des petits chefs de sociétés privées aux comportements provocateurs et guignolesques, comme Elon Musk, ne doit pas nous empêcher d’adopter des techniques et des stratégies de contrôle des discours et des actes, par des normes de vérité qui assurent aux populations et aux internautes un accès fiable et sécurisé à des faits historiques et scientifiques.

Le vrai et le faux, le réel et l’irréel, c’est ce que refuse le relativisme au nom d’un principe de tolérance de toutes croyances, opinions ou faits alternatifs, corrompu ou instrumentalisé. Ce n’est pas la liberté qu’ils proposent, ce n’est pas la justice qu’il promeuvent, et jamais la sécurité de nos capacités d’expression, mais l’absence de considération des différences, la rupture de nos contrats de communautés y compris socio-linguistiques et la promotion d’un monde de violences subjectives et de non respect des droits. Méfiez vous du paradis de l’expression voulu par des petits chefs « libertariens » tournés vers l’appât du gain, leur convictions sont imprimées sur des billets de banques et changent au gré des vents contraires, ils hallucinent un monde spectaculaire et super libéral (?), différent du nôtre.

Sortir du relativisme et du nivellement de toutes nos croyances et de nos attitudes travaillées par des passions tristes comme le ressentiment, c’est rendre de nouveau possible une communication sur des faits dans le langage humain ; langage respecté pour sa valeur fondatrice des liens sociaux et naturels dans les communautés de vivants. Rompre avec le relativisme, c’est réimposer cette dimension du vrai et du faux à nos conduites les plus quotidiennes, afin de se libérer des rapports de force et des structures de pouvoir idéologique qui tuent les convictions et les raisons d’agir des individus.

Fragments d’un monde détruit – 44

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