Terres d’exil

Ici dans le lieu et le temps des répressions croisées, économiques, politiques, sociales, religieuses, culturelles, se tient l’armée des larmes et de l’espérance ; munie d’un contre-ordres, du paradoxe de la défiance, de la libre disposition de soi, de ses corps et de sa culture encore humaine. La machine de mort est celle des tyrans, des sociétés fermées ; elle creuse le sillon de la peur, de la méfiance, de la haine des autres et de soi. Souviens toi du temps qu’il fait au dessus de nous, regarde le ciel étoilé, en empruntant tous ensemble, les chemins de la paix et de la sérénité , un œil ouvert par la lumière d’une foi indestructible, une parole musicale et libre, la foi en la liberté des êtres vivants, leur plasticité terrifiante, leur abnégation, leurs volontés de vivre, fermes et sans failles.

Le mouvement de la fuite hors du régime autoritaire est un mouvement si nécessaire et si courageux, désespéré et fou ; nous qui vivons dans l’horizon des politiques libérales, dans les démocraties pluralistes en Europe et aux États-Unis, nous avons à promouvoir cette « forme de vie » démocratique avec bienveillance et douceur en ayant le souci du dire « nous » ensemble et différents pour d’autres cultures politiques. Dans la plus intérieure des solitudes, nous voyons le voyage du fugitif, du migrant, de l’étranger, et en lui se reflètent les forces obscures qui l’ont amenées violemment à fuir pour trouver chez nous une vie meilleure. Mettons nous à sa place, regardons avec ses yeux, parlons avec ses mots et ses gestes, nous verrons surgir le nouveau monde commun après la guerre, la pauvreté, et le repli sur un soi égoïste.

L’ombre qui suit le migrant est la noirceur d’un système d’exploitation économique, politique, social, et culturel de sa propre vie, de ses amis, de sa famille, de ses aspirations ; là où la maîtrise de la langue des pays d’accueil, l’éducation en une capacité de contrôle d’un nouvel environnement de vie, sont les remparts contre l’inconnu nouveau et si angoissant. S’attacher aux situations concrètes de ces vies nouvelles doit ainsi prendre en considération les besoins et les intérêts de toute une vie depuis sa naissance jusqu’à maintenant dans toutes ses dimensions (affectives, mémorielles, culturelles, économiques et sociales). Faire de l’accueil en démocratie, un sens moral du vivant différent de nous, une mesure commune et vitale d’humanité, c’est par tous les moyens possibles atteindre à une éthique du don de soi, concret et symbolique, don de son propre confort matériel et spirituel.

Est fugitif et menacé, le corps qui part, se déracine, quitte, abandonne, se projette, et espère en de nouveaux endroits pour vivre, de nouveaux temps et lieux d’interactions profitables, plaisantes, heureuse et saines, qui ré-ancrent les corps dans un milieu de vie apaisé et apprécié. Est blessé le corps qui déserte, n’oublie pas, éprouve le fer rouge du souvenir dans sa chair, cette brûlure lente dans l’âme qui suit longtemps les traces de parcours biographiques si divers ; parcours d’un courage sidérant, exemplaire qui force le respect, l’admiration et l’amitié. Sont restaurés l’esprit et le corps d’une femme, d’un enfant ou d’un homme bien accueillis ici et maintenant, aimés et repris dans l’amitié d’une nouvelle famille humaine, d’une espérance universelle qui est incarnée par la force du lien social, de la fraternité retrouvée sur cette nouvelle terre.

Mer d’obscurité et de morts, retient à toutes forces tes vagues brutales, demeure cet horizon étal liquide bleu, ouvert, et brise les chaînes des passeurs et des surveillances qui meurtrissent, noient, séparent les enfants innocents, tuent les femmes et les hommes, épuisent les familles vivantes au prix de profiteurs cupides. L’armée des pantins et des spectres, ceux qui autorisent cette hydre de l’exploitation de la misère, par ce que vous mêmes, étrangères, étrangers, fuyez déjà un monde affreux, un pays en détresse ; cette hydre qui fait payer le prix fort pour ce voyage périlleux, doit être combattue partout par tous les moyens, détruite tout le temps et la dignité collective des humains restaurée.


Fragments d’un monde détruit – 34

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