« The lords of life, the lords of life,—
I saw them pass,
In their own guise,
Like and unlike,
Portly and grim
Use and Surprise
Surface and Dream,
Succession swift, and spectral Wrong,
Temperament without a tongue,
and the inventor of the game
Omnipresent without name;— »Ralph Waldo Emerson, « Expérience », Exergue, p.285, in « Selected Essays », [1844], Edited with an Introduction by Larzer Ziff, The Penguin American Library, 1982.
Crédit Photo : Romuald Chilard
Marcher doucement, prudemment, entendre le bas bruit de ses pas,
sur le tapis de feuilles et de mousses humides,
laisser les rayons du soleil danser entre les arbres,
la fraîcheur du soir qui tombe, bruissant, follement,
le cri des oiseaux, les craquements, les fougères, les lumières or et rouges, se repaître de ces contacts par milliers, ces fantastiques fantômes ;
et respirer l’air pur d’une vague d’eaux toute transparente,
chaque nouveau pas apprécie la lenteur du Temps,
le songe infini des disparu.es, les vivants tout proche de nous,
la tendre dureté de la terre, des branches mortes et des racines,
que j’aimerais goûter cette terre, belle, paisible,
toucher l’écorce d’un arbre planté au milieu,
laisser le vent frais souffler à l’intérieur de moi ;
et voir la chute de la cité imbécile, ailleurs,
le creusement et la désintégration de toutes images,
bétons, automobiles, cellules, immeubles, téléviseurs, vitrines criardes, tout ces amas d’objets et de gestes investit par l’échange,
et par ce frôlement de la Nature, perdre ces œillères,
voir les choses physiques et creuser tout leurs intérieurs,
avec la main qui caresse leurs surfaces, l’orientation folle, inespérée,
l’œil grand ouvert – orienté – aux iris mauves et noirs,
le tableau ailleurs, qui fixait les prix des objets s’est dissout,
dans la lumière du seul procès de la Nature,
et je marche encore en direction du ciel, sa couleur,
le bleu intense qui a engloutit tout le ciel,
a favorisé les vagues montantes de l’Esprit, l’immanence sienne,
chaque élément s’exprime et remonte dans ta vision ;
dieu des traces, moment du social et des transformations.
Plus loin, il y a le sable fin, les vagues et les dunes,
balayés par le vent de mer et les embruns,
la flottaison intime aux rythmes des vagues étincelantes,
de l’écume froide et neige, par l’horizon rouge sanglant,
plus loin n’est pas encore là, alors je pressent la Terre,
elle appelle le projeté pour toutes choses vivantes ;
animal craintif, végétaux, arbres, mares d’eaux salées,
et j’existe une deuxième fois à l’intérieur des choses ;
tout est encore signes et mouvement depuis l’intérieur,
il suffit de fermer les yeux et de pénétrer dans l’image,
la source de l’inter-acte complexe et du changement,
sortir de soi quelques instants, faire bon chemin,
devenir l’autre, agir et vivre en lui-même,
le temps de la transformation des lieux et du temps, l’occasion,
de mêler ses corps et ses âmes dans une nouvelle forme,
engendrer la vie ; boire et se nourrir du sang des feuilles,
la vie accueillante dans nos yeux ouverts,
cette lumière froide et magique,
l’ombre et la fraîcheur du soir qui tombe,
au milieu du chemin qui serpente dans la forêt,
et je sort de la maison postée au milieu de nulle part,
celle qui abrite les morceaux de signes comme un refuge,
entassés dans un coin obscure, prés de l’âtre et des flammes,
ils font des beaux visages qui regardent, ils s’expriment,
la nuit va tout redéployer sur ses tapis d’étoiles,
cette traînée d’argents, de sel et de distances,
et je sens l’odeur de la pluie ; à minuit, il y aura de l’eau,
et sur la table du voyageur, un morceau de rêves fumants,
pour se rassasier le ventre et l’Esprit et sentir la chaleur,
monter partout depuis l’intérieur des êtres et des choses,
les fumées bleues des songes commencent juste à sortir,
et je vais quitter ces lieux-dits, ces habitations,
l’âme heurtée aux milles contacts sensibles,
je remercie tous les seigneurs de la vie ;
contacts, départ nouveau, frottement, absence à soi, touchers …
MP – 19042026
