La musique étrange

« Cette composition est l’interprétation d’un état d’âme, une pièce de musique pure, absolument dissociée des bruits de la vie moderne que certains critiques ont voulus reconnaître dans ma composition. A tout prendre, le thème est une méditation, c’est l’impression d’un étranger qui s’interroge sur les possibilités extraordinaires de notre nouvelle civilisation. L’utilisation de forts effets musicaux vient simplement de ma réaction assez vive devant la vie telle que je la conçois, mais c’est la représentation d’un état d’âme en musique, et non la description sonore d’un tableau. »

Edgar Varèse, « Amériques, pour orchestre (version de 1929) » , [composition, 1918-1921], création de la première version le 9 avril 1926 à l’Academy of Music de Philadelphie, par l’orchestre de Philadelphie sous la direction de Leopold Stokowski.

John Margolies’ Photographs of Roadside America
Big Fish Supper Club, Route 2, Bena, Minnesota; 1980.

Écoute le vent frémir derrière les lignes de la partition ; ces nuages d’encres et de pluies, sur les murs des cités imbéciles, sont taguées les alertes, les automates suivent les passages, un par un ; ils progressent suivant les programmes, leurs bras armés – invisibles – prennent, isolent, et nettoient les voies officielles, l’œil opaque des digits rois, renversé en arrière des mondes, ne voit rien, nos esprits bleus ciels, stationnent, et la pulsation ouverte à minuit,
survit au delà des systèmes – morts, des cœurs vierges de structures … Ils sentent venir les possibilités d’angoisses, l’hésitation belle et douce et la pression lourde qui remonte dans le tranchant des ciseaux,
a remplit la nuit d’une lumière sans égal ;

découper des morceaux de carbones, des ouvertures, de vagues sourires, la soie sur tes yeux rouges remplis de larmes, les caresses merveilleuses, les couleurs à foison ; nos échappées belles hors du silence … Compter soi-même chaque note reprise, pour les autres, êtres aimés, sentir la musique pénétrer nos corps, la peau qui tressaille, et le cœur charnière, battant au rythme des compositions ;
dieu ou rythme ou langage ; possession de l’âme sans jamais mourir,
futur aimant qui hante chaque geste, aux situations vivantes, solaires, incarnées, vivre dans le présent de contrôle ; anticiper chaque minute,
et ne jamais revenir en arrière sinon pour se transformer …

Rappelle toi que le souvenir de nous est toujours intact ; une promesse vivante, il survit dans la galaxie des petits riens et de l’étrange automne, derrière ce que tu fais, au delà de l’âme transie de froids,
mon ami.e, demeure la vision glacée des mondes,
l’implosion sacrée des natures ultimes, des noirs paradoxes,
chaque évidence jouée par la musique, travaillée dans la cité,
et le bruit concret des alarmes, des voix captées, des voitures et des porches d’immeubles, versée à l’intérieur du monde sonore, de la composition parfaite et achevée, renvoie la vieille musique dans les oubliettes, les abysses … Nous jouons, nous oublions, nous vivons au diapason des forces ;

le corps entier ressaisi sur les portées de la musique,
signes couchés sur la feuille standard ; instruments multiples de bois, de cordes et de vents, heurtés, mouvements si graciles, si dangereux, et rigoureux, de l’humanité animale, aimante, orientée, désirant la beauté, les gestes des musiciens dressent le chaos et cisèlent le vacarme, comme une noble créature, – abstraite – qui monte et s’élève haut dans le ciel, une création puisée depuis la tourbe démence, l’espérance de l’Amérique, des villes sans rien autours, seulement posées là, tout prés des espoirs, la musique se joue au milieu, dans la guerre des milieux vivants ;
elle emporte les corps et les esprits et veille au nouveau monde.

MP – 12092025

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