« […] J’apporte la guerre, une guerre coupant droit au milieu de tous les absurdes hasards que sont peuple, classe, race, métier, éducation, culture : une guerre comme entre montée et déclin, entre vouloir-vivre et désir de se venger de la vie, entre sincérité et sournoise dissimulation.»
Friedrich Nietzsche, « Fragments posthumes » [1888-1889] in « Œuvres Philosophiques complètes », T. XIV, p.137, Gallimard, Paris, 1992.
The Concealed Erotic Paintings of Sommonte (19th Century)
Devant l’autel rouge se répandent des signaux-d’alertes,
se prosterner devant les nombreux anges lumières,
il fait froid tout autour de ces créatures, divines qui vont et viennent, l’air égaré et absente,
et recouverte d’un drap blanc, soyeux, déchiré en son centre,
la nuit immensément noire saigne par un vase d’obscurités …
Leurs corps immatériels s’agrippent aux digits froids bleus liquides,
elles réagissent aux mots d’ordres, aux flagrants systèmes qui asservissent et subliment,
et tous les hommes-preuves chérissent ces corps-outils qui surveillent,
l’œil du télé-viseur fixe, regarde la déclinaison vitale des corps …
Mortels ouvriers sur le parcours des mêmes causes abrutissantes,
Ou est-il, que fait-il celui là ? Ou est elle, que fait-elle celle là …
Et l’ogre-machine se sert des organes, des rêves et des cervelles,
comme des instruments qui bâillonnent, brûlent, dans la cité-polis, les armes acérées,
et les triggers sont partout-légion ; des déclencheurs à conformités,
la masse de signes est immense, elle traîne de longs filets d’argents,
dans lesquels sont reprises des proies devenues muettes ou démentes,
et la mer numérique est une étendue sans limites, sans fins,
ce terrible infini des réseaux qui s’entrechoque aux limites vitales …
Oui leur corps-outil sera mutant, preuve manifeste des nouveaux Temps,
dans la divine bio-mécanique, le spectacle rassemble les forces et les énergies,
l’alliée du sang-mesure, de l’exacte bilan et des conditions incessibles …
Et l’image projetée dans ta mémoire morte est l’image du feu,
coalescence des pulsions, des désirs, travail du corps pour obtenir du repos …
Flammes léchant les sexes-blessures, flammes dévorantes toutes scènes,
Mortelle, femme, ton attirance divine à muée dans chaque projet vivant,
chaque corps exposé, instinct qui est toujours sensiblement égal,
chaque stimulation que confirment les gestes des plus nombreux,
Les pièces d’argent liquide, glissées dans les fentes des bandits-manchots,
alimentent les champs des travailleurs de l’économie des monstres …
Ah ces financiers terribles assurent calculer des sommes qui comptent,
des dettes et des recettes ; toute cette illusion de la valeur par ce fétiche-monnaie,
papier néant, inutile, abstract qui désincarne, surveille les corps et aliène ..
Quelle est donc cette idée absurde d’une arithmétique de la valeur ?
Que faire de vous armées du rien, travailleurs sans corps ;
âmes mécaniques, masses humaines surveillées que fabriquent le rien …
Les spectres du Nihil capital, le sexe-propagande et le noir ressentiment,
le retour du même vouloir avoir puissance, à chaque âge survivant ..
La vie mutilée par les maladies de l’argent ; la pauvreté et le pouvoir ;
faire de la vie malade, la seul juge, évaluatrice des forces et des faiblesses,
dans les cognitions qui calculent, séparent, mutilent, en grandes formes spectrales,
Celles et ceux qui voient les anges de lumières, boivent à leurs sources,
survivent dans des recoins bizarres, des psychismes sans issues,
des îles artificielles, hyper connectées, faites pour exploiter l’Ego-drame,
la scène égotique d’abord ou le je s’efface au profit du moi égoïste,
l’œil de leurs consciences clignote comme une série d’alarmes,
dans une pièce très sombre avec des coulisses retirées, enfermées ailleurs,
leurs cerveaux toujours surchauffés, ont oubliés la vie simple,
et leurs corps d’anges sont là, disponibles et exposés, porno-gérés,
pour consommation des meilleurs corps, des plus performants, des mieux ajustés,
dans les vitrines digitales, par ces esthétiques très fonctionnelles,
toujours en alerte, vigilant, le moi surveille ses intérêts et son plaisir ..
Et si la compétition fait rage, c’est qu’il n y a rien d’autres maintenant et ici, que se battre,
se battre pour vivre, se battre pour tuer ou oublier …
Et le combat avec les anges est toujours bien organisé ; il est beau, sportif, fier et fort,
leurs habits sont chatoyants, leurs cheveux magnifiques, leurs peaux divines,
bientôt formaté par un résultat-machine, l’ange de lumière sera l’exact reflet du prompteur,
Dans les machines d’artifices, la machine à produire des vagues génératives,
les images, les textes, les sons sont des répliques parfaites,
des rêves en vidéo-drames configurées sur simples demandes,
les images mentales, encodées par des milliards de cellules mécaniques,
renvoient aux algorithmes froids, aux sens mystérieux, aux applications fœtales …
Saisis par le présent qui contrôle ton désir, tout le reste sera vain, inutile,
le présent de l’excitation, du plaisir, et de la décharge nerveuse,
le saisissement et l’effroi devant l’exacte réplique artificielle de son désir,
la vitesse d’exécution des neurales-programmes,
On aimerait être branchés en permanence, câblés, redevenus primitifs,
voir les anges en mondiovision, un voir au travers qui sature toute l’arène des combats,
la vison de l’Ego qui caché derrière, fait se mouvoir les interactivités techniques…
Ah cette amas d’Ego(s) isolants, qui refluant en eux-mêmes, seront des armes,
les outils de l’égologie d’un drame capital ; le repli vers soi et sur soi,
les directions fléchées par les organisations ; la monnaie, le fétiche, le désir,
et son automatique terreur qui venu des cendres reproduit le schéma fascinant ;
la forteresse protégée de l’Ego, l’absence de sujet pour agir,
là où capitaliser se fait par un silence affreux, une conscience dupliquée et morte,
Ne te fie pas aux hypothèses programmatiques, aux mathématiques rouges,
le sombre couloir du temps, la machine neurale, interconnectée et vide,
et le ciel à venir est un bien autre drame qui nous saisit d’effroi
il a chuté au milieu du Temps et de l’Espace …
Il est comme une ouverture dans un cœur battant, cosmos et rage ..
Et la chaleur a envahit tout le centre vivant du monde …
cette chaleur horrible qui a envahit toutes nos occupations …
Qui viendra nous sauver, nous protéger,
créatures d’un monde fini, mortelles, capturées dans les machines d’infini.
MP – 04102024
