Le filet du réseau

« Le réseau-cathédrale n’est pas ordonné par la verticalité, mais par une horizontalité toute terrestre, et par la continuité des flux qu’il organise. De même que la cathédrale est incarnation du mystère, le réseau est présence du futur : il fait passer, en définissant notre place comme un passage. Désormais le réseau-symbole incarne le passage, voire la vitesse du passage. »

Pierre Musso, « Genèse et critique de la notion de réseau » in « Penser les réseaux » sous la direction de Daniel Parrochia, p.217, Éditions Champ Vallon, 2001.

Jeter le tissage monstre, l’épaisse couverture bleue et noire,
dans les yeux des foules creusés, noirs et furieuses,
et voir à l’intérieur du creux, des vagues-systèmes, de l’oscillation,
il fait chaud tout autour des membres pianotant,
à la mesure des scansions, des vidéos-drames, des traces,

Aux pieds des écrans, vibrent une coalescence, une brûlure intense,
une électricité solaire qui parcourt l’intégralité du flux,
qui branche et débranche les adeptes de la nuit virtuelle,
cette masse agglutinée, rutilante, avare si concentrée,
comme un nuage d’insectes pris dans les flammes,

et l’œil du cyclope clignote au bout des câbles,
ceux-là qui tressautent et produisent une lame de fond,
qui emporte les vagues, et l’écume des bouches,
celles qui communiquent sans cesser, sans temps morts,
fabriquent les fils des histoires d’eaux et d’infini,

Commander au Sphinx, remuer ciel et terre,
traversés par des ailes argentées qui supportent tout les rêves,
ne plus savoir où nous sommes, terrestres, humain.es,
projeter et consommer l’autre distant au cœur des cathédrales,
de verres et de siliciums, de plastiques et de lithiums,

et le monde est une poubelle toujours neuve, qui flambe,
à la fumée des torches d’essences, bleues et noires,
certains y survivent comme des monstres suceurs de coca,
les videurs d’abîmes qui font les esclaves, au fond des mines artificielles,
et la texture sensible des mondes connectés,

force un chemin dans les rues des cités mobiles, bétonneuses,
le diamant noir de tes yeux s’est brisé dans les étoiles,
et leur distance en ligne, ici est infranchissable,
par les colonies de nuages, les amas gris vaporeux,
seule luit la lumière des âmes nues et pauvres, nouées ensemble,

Les âmes mécaniques, aux réflexes tout de conditions,
qui agissent en soldates, en martyres, méritantes, qui supportent,
et les cellules des sites, innombrables sont adaptées à chacune,
conformes aux tourments naturels, aux destins des psychés dévastées,
elles tournent dans le complexe des cages, vaste cité jamais dormante,

dans cette mosaïque folle, frappée sur chaque bords, de fragments,
les grands silences sont bues comme des couleurs jamais froides,
il n’y a rien à faire à deux ou plus car tout est là jeté, et ramassé,
sur l’égo-drame puissant, la force intime qui consomme tout,
qui réduit aux mondes seuls et siens, l’étranger,

cette force excite le temps du filet, lumineux et immense,
là jetés par les mécanismes obscurs du hasard,
sur les villes, les campagnes, les ciels et les mers,
le ramassage des âmes bon marchés, a lieu toujours, partout,
et nulle-part, car le lieu ici est un parasite inutile, un angle-mort,

le lieu ne sert plus à rien dans cette logique de simulation,
retirées de la terre, de l’air et du feu ; l’humaine condition,
les créatures rendues addictives aux visitations du réseau,
expliquent à tous les champs, l’absoluité liquide du présent,
le pouvoir à l’heure zéro, la puissance infinie du tout désirable et relatif,

et les performeurs s’identifient eux-mêmes derrière leurs écrans,
dans le cristal digital, la passion du script et de l’index,
qui fond dans les cervelles bleues et or, à l’horizon,
toute cette lumière vive qui nous guide plus loin encore,
cette musique réticulaire, ce mystère du hasard et de la nécessité.

MP – 18082023

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