Sex-propagande

L’effet de conditionnement de l’instinct et de la raison humaine provoqué par les usages capitalistes des corps explique en partie les difficiles maîtrises des pulsions de vie et de mort chez des individus adultes et plus jeunes qui vendent et achètent de la force de travail, cognitive ou affective, sur un marché économique. C’est là tout le génie du capitalisme de prédation de compter sur une logique instinctuelle et pulsionnelle qui travaille naturellement l’intérieur de l’organisme humain et vivant, pour reproduire sur la Terre, dans toutes nos sociétés, des schémas de domination naturelle qui vont favoriser la solitude, la détresse et le désespoir des individus. Ainsi le contrôle politique des instincts vivants est devenu le domaine d’actions des services, des biens et des entreprises qui exploitent les capacités cognitives et affectives pour fabriquer de l’argent comme pure valeur d’échange séparée de la vie et du réel.

Vendre et acheter, consommer et détruire, s’alignent sur une logique de forces pulsionnelles issue de l’évolution naturelle, ici, nous devons nous adapter pour vivre avec tous les autres ou bien nous devons apprendre à chérir nos solitudes existentielles car le système économique dominant a pour principe de marche, le renforcement des capacités d’adaptation peu importe si celles-ci signifient s’adapter à des évolutions mortelles pour l’existence des vivants. S’adapter à tout prix ou être exclu, ce moteur historique, binaire ou simpliste, répond malheureusement au souci de préservation de soi en même temps qu’à une recherche élaborée ou primaire des plaisirs et de l’évitement de la douleur. C’est comme si le capitalisme était le système social et économique le plus parfaitement ajusté à une dynamique de satisfaction instinctuelle et pulsionnelle de l’Humanité en tant qu’il permet l’exploitation des forces en continue, la prédation des milieux dits hostiles et l’exclusion des malades et des plus faibles.

Dans l’usage des plaisirs percuté par le fonctionnement d’un écosystème économique particulier, l’individu est aliéné à une dynamique de structures internes unique, au sens ou plusieurs structures de caractères humains (séduire, vouloir posséder, consommer avidement, comparer l’utilité des corps pour soi ..) qui font partie du psychisme d’un animal désirant, se mélangent pour former une personnalité humaine archétypique dont la nature complexe est adaptée au système hyper-capitaliste. L’alimentation des machines économiques en couples de corps-instruments, la fabrication du mensonge utile et raisonnable tant que nos plaisirs ne sont pas dégradés, l’assujettissement des faibles en tant que personnes mutilées au service des maîtres .. Toutes ces passions d’un hyper-marché de la surveillance, du codage juridique et de la prédation, vont former le caractère de l’homme dominant fier de la santé de ses plus forts instincts (combattre, dominer, juger, traquer la culpabilité et la faiblesse pour redresser les corps et les âmes …), cet homme supérieur, redoutable et inscrit pleinement dans le renforcement des conditions d’existence du capital.

Encore une fois le cœur d’un système de mort qui prétend naturellement incarner la vie est cette récupération sans scrupules, d’une logique issue de l’évolution naturelle plaquée sur le monde social (Herbert Spencer [1820-1903] notamment est ici la source de cette idéologie de l’adaptation et de la conformité à une nature supérieure des forces nommée « darwinisme social » ou la survivance à tous prix des plus aptes), qui s’incarne dans la lutte des corps désirant et va rendre possible des schémas de conditionnement anciens reconstruit par l’économie des tyrans (maîtres et serviteurs, chefs et employés, cadres et subalternes, actionnaires et salariés, hommes et femmes ..) Qualifier ce système de nécro-économie, rend compte par la violence du terme, de cette adaptation aveugle à tout crin, qui tient nos émotions, nos pulsions, nos désirs comme nos systèmes nerveux comme des matériaux humains exploitables à l’envie par une dynamique d’exploitation continue des formes de conduites adaptées à la norme générale du profit. L’adaptation forcée à des milieux de vie sociaux-naturels qui se dégradent progressivement sous l’effet des changements climatiques, écologiques, anti-naturels, par lesquels, nous perdons toutes et tous en capacité de mieux vivre, signifie dans un écosystème capitaliste que nous accompagnons le changement vers le pire puisque nous devenons capable nous-même du pire.

Ainsi la cruauté existentielle est celle qui dans une logique de marchés consiste à vendre et acheter son propre plaisir et à présenter cette recherche du plaisir égoïste, fugace et immédiat, et la fabrication d’une esthétique fonctionnelle qui l’accompagne comme la seule condition existentielle et politique possible parce que naturelle, pour tous les vivants. Ce que nous pouvons qualifier de capitalisme égo-cognitif, ici montre que plus la recherche de satisfaction pulsionnelle et égoïste est intense, plus l’exploitation de l’ego par la nécro-économie est importante de sorte que l’économie de la pulsion orientée, fabrique la souffrance psychique et organique par la prédation sexuelle, la misère morale et affective, la destruction des Institutions et de tous les limiteurs normatifs et sociaux, la détérioration des capacités à créer du beau, et à suivre des conduites bonnes pour l’individu seul et pour le groupe humain.

La Société des humain.es bientôt ne pourra plus tolérer ce fonctionnement économique à moins elle-même de rencontrer et détruire ses propres limites internes de constitution ; la construction de soi réussie, la poursuite d’une norme de communication symbolique universelle qui permet l’intercompréhension entre sociétés aux cultures et langues différentes, la conversation de gestes significatifs, les sensibilités aux formes d’expression vulnérables ; tout ce qui va à l’encontre de la violence égotique qu’implique la réduction des personnes humaines à des fonctions pulsionnelles satisfaites ou en écarts, adaptées ou inadaptées aux sphères du monde économique dominant dont les traductions dans le monde réel des vivants sont de plus en plus asociales, intolérables et invivables.


Fragments d’un monde détruit – 78

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