« Je parle des confins de la nuit
Je parle des confins des ténèbres
Et des confins de la nuitSi tu viens chez moi, ô doux ami, apporte une lampe
Et une petite lucarne par laquelle
Je pourrai regarder les va-et-vient joyeux de la rue »Forough Farrokhzâd, « Offertoire » in « Une autre naissance » [1963] in « J’irais jusqu’au rivage du soleil : poésie complète », p.315, Édition et traduction du persan de Leili Anvar, Gallimard, 2026.
[Femme, Vie, Liberté]
Film still of Johnny Sims (played by James Murray) from The Crowd (1928 – King Vidor)
La fausse prison où s’exerce l’œil caméra, oblongue, total,
une pure visée de transparence, folle, proche du Sujet fantôme,
et les automates de tri qui sélectionnent les expressions adaptées,
l’assignation aux mondes divisés des spectres, des alertes,
les dimensions de l’Ego-drame, de la fuite en arrière,
il n’y a plus rien à l’intérieur des guerres, aucun langage sien,
le corps est une carapace vide, de chair et de silences,
pas d’autres, ni d’ami.es, ni d’étrangers voyageurs,
aucune capacités d’expressions éduquées, exercées,
c’est seulement par les ordres du nécro-système que « je » survit,
dans les immeubles de verres immenses, les avenues illuminées,
par les machines-ordinateurs branchées en permanence
et la nuit de l’esprit tombe derrière tes visages – dieu,
pris dans un réseau numérique, la course entre nous, sera vide et mimétique, les langages de la représentation officielle de leur pouvoir, sont des amas de signaux d’alarmes, de meutes déguisées et l’avancée du spectre Nihil assombrit nos Temps …
Ce que j’imagine voir est ton reflet, Toi, matrice-pouvoir,
psyché digital, sang des monstres intérieurs et des obscurités,
et je demeure muet, accroché aux franges des bêtes-armées,
pris dans les complexes des cages, d’intérieurs fermés,
« Tu » es mort, divisé violemment jusqu’à disparaître du Temps,
le Temps-capsule d’un présent de contrôle et de tyrannie,
qui fixe l’Ego-drame sur le moment répété à l’infini,
la créature figée au milieu du rien et de l’abîme,
l’avatar multicolore grillé sur l’électricité des écrans,
et les champs d’appartements, des milliards de cellules de survie,
enferment des habitudes, des désirs de fin et de destruction,
et quand « tu » regarde à l’intérieur de la TV officielle,
rien ne se voit à l’évidence, rien ne se comprend,
le pouvoir maintient les forces égotiques, toujours en éveil,
et dresse les murs opaques de la fausse prison,
cette infinité morne du psycho-pouvoir, le désamorçage des liens sociaux, la divisibilité infinie des êtres vivants, symbole de l’Ego-autocrate,
détruire toutes revendications, toutes résistances fières, volontaires, tout les mouvements collectifs, les groupes sociaux-humains,
et la sexe-propagande fait son affaire, bien aux foyers, aux anti-flammes, se retirer du monde, éprouver la fusion froide des corps dyades, et l’attachement à trois, privatiser le monde des vivants,
s’enfermer seuls à seuls dans la foule, rester toujours à l’écart de la polis, cité des mondes autres,
et le pouvoir regarde toujours dans ta tête,
il a des yeux vides, des yeux de poissons morts,
il instruit des surveillances, il projette des regards panoramiques,
il fouille au travers des corps, des âmes et rejette les corps étrangers,
il est raciste et fière, masculin et nécrophage, total,
le pouvoir veut dévorer la bouche que tu tends, tes yeux, tes cheveux, la langue sienne, tout son langage est automatique, sériel, infini et prévisible et il n y’a plus rien tout autour de lui, rien de définitif,
l’administration de la langue, cela, lui connaît bien, l’enfermé,
connaître, pouvoir et vouloir de manière toujours égal,
à l’intérieur des frontières solides, psychologiques et digitales, du parc humain, les ordinateurs sont des machines à voir,
des machines à prévoir les comportements différents,
l’ahuri intolérable, la cible, l’attention étrange, la cognition dissidente, et les smartphones comme des machines parlantes,
produisent des enfermé.es et du faux-sens à l’infini,
il suffira d’être connecté, dieu des abîmes, pour voir et sentir le futur,
disposer de voix muettes, enfermées dans les traces numériques,
participer à la notation sociale-inhumaine, la méta-aventure du Média, tout est faux, simulacres et authenticités, survies des désespérés, l’automate de tri calcule la suite de temps disponibles, pour les cerveaux branchés des internautes, tout doit être commandables par une simple copie ; un clic, un médium, un bouton ; voitures, nourritures, victimes, boissons, loisirs, logements, extra …
Et l’infrastructure des humains est sans cesse caché,
l’invisible dont se repaît le monstre Ego et l’ordre capital,
l’aide, la maison, la nature, la paix, le travail de soins, de maintenance et le support à nos vies.
MP – 01052026
