Machines désintégrées

« Combattre à l’intérieur des Forteresses, briser les chaînes de l’avenir ou penser par soi-même. »

La fermeture des nombreux possibles psychologiques et politiques, libres non réduits à une complexion psychique interne consolidée contre les cultures des dissidences dans les Empires a impliqué tout un travail intellectuel de fond consacré aux différentes méthodes de verrouillage des voies de sortie d’un système capitaliste ou communiste autoritaire. Les Empires (Chine, Russie, Iran) de l’axe totalitaire et les puissances effondrées sur des logiques de kleptocratie et d’oligarchies technologiques (les États-Unis du voyou Trump), se sont dans l’histoire de leur fabrication idéologique appuyées sur ce que nous nommons en philosophie politique – « l’Argument de la Forteresse » ; ici, l’enjeu pour le maintien en permanence du pouvoir est de (1) présenter comme fatales et nécessaires pour la survie du régime et l’ordre social et économique, les simulacres de décisions publiques ou démocratiques du Leader (1.1) en saturant un espace médiatique officiel par les sbires du pouvoir ; animateurs, influenceurs, faux journalistes ou « entertainer » et (1.2) en procédant par fermetures et verrouillage de la psyché et des réactions lambda du citoyen ordinaire – Ego silencieux, monstre exsangue – pris dans la masse opprimée. Fermetures et verrouillage, c’est à dire, promotion des réactions (in)humanisées, dans un intérieur social symbolique refabriqué et recoloré par les dynamiques de collusion des formes d’emprise du pouvoir idéologique. Le citoyen d’une puissance impériale pris dans les circuits de la propagande officielle et dans les rets des réseaux numériques sait peut-être en lui même que sa propre vie ne compte pas plus qu’un chiffre rentré dans la domination symbolique et économique des calculs du psycho-pouvoir mais sa seule réaction possible est de survivre à l’intérieur du systèmes de forces et de contre forces promues par les systèmes bio-communicants de l’Empire ; ils ou elles n’accèdent plus à leurs extérieurs expressifs ordinaires, ni ne peuvent employer les mots, les phrases d’un langage ordinaire sortis du langage des machines de contrôle algorithmique, d’emprises, de prédation et de prévision.

Ici l’incroyable assujettissement des citoyens résulte d’une technique sophistiquée de mise à mal de la spontanéité expressive et des réactions empathiques ordinaires que pourraient déployer lors des contacts sensibles humains, les hommes et les femmes survivants dans les Empires ; on préfère s’abstenir de commenter les décisions des dirigeants, de crainte pour sa propre vie et celle de sa famille ; finalement, le seul espace d’intériorité et d’intérêts sociaux encore libre a été progressivement tellement envahit et affaibli dans ses possibles réponses, faute de relations humaines ordinaires ou normales qu’il est devenu plus facile et presque plus instinctif de réagir en harmonie avec la masse et de féliciter les Leaders pour leurs supervisions stratégiques exceptionnelles et le maintien conséquent de la stabilité impériale. L’individu comme chiffre des sciences de la prévision et du contrôle n’est plus qu’un fantôme aux réactions expressives désincarnées, comme sorties de lui-même, plus rien ne lui appartient en propre (ici la Russie de Poutine est l’exemple même d’un régime symbolique et psychologique de contrôle puissant exercé sur l’individualité humaine et ses libertés sociales et politiques créatives ; en ce sens, elle hérite pleinement des techniques de maintien de l’ordre totalitaire de l’URSS …) Faire signe à ses voisins dans la rue et comprendre les signes ou les expressions de ses voisins les plus immédiats, tout cela est devenu encombrant, inutile et dangereux ; il vaut mieux rester connecté h24 avec les machines du psycho-pouvoir, ne pas vivre des vies impossibles à vivre, ne pas éprouver des émotions inauthentiques, ne pas présumer d’une promesse (in) évidente et d’une attente d’accomplissement de promesses impossibles à tenir dans les langages des pouvoirs totalitaires.

Le système d’emprise – « tout ce qui existe n’est pas ce qui existe pour moi » – va consister ainsi en une défaite de soi-même, une déprise psychologique massive, dont les formes ordinaires s’expriment par un abandon des luttes pour mieux vivre avec les autres et un repli sur soi et son Ego complexe, dans un univers symbolique et une complexion psychique accessible, évidente, maîtrisable et bien réactifs aux stimuli sociaux symbolique des psycho-pouvoirs d’une économie de la conduite devenue omnisciente. « Je n’existe plus en propre » et je contrôle mes réactions et maîtrise constamment mes expressions suivant des normes de communication sophistiquées que je perçois comme puissantes et communément admises tout autour de moi ; je suis le chiffre-Ego, le matricule des puissances, l’encadrant fils du pouvoir ; le citoyen numéro zéro et le standard biographique identifiés dans des systèmes d’interactivités numériques fabriqués par le pouvoir officiel. Mon intérieur dévasté est seulement le résultat d’une conformité stricte aux volontés de puissance des dirigeants ; par l’effet des-escaladé d’une pression sociale, psychologique et morale diffuse tellement puissante – et centralisatrice – qu’elle en vient à annuler ses propres essais de réflexion critique, ses propres tentatives de résistance individuelles. Seule l’identité de la preuve matérielle qui trace l’affiliation aux dynamiques de maintien du psycho-pouvoir est l’identité conforme et voulue par le pouvoir et l’inhumanité des recherches de cette preuve se fait par la fouille permanente des intérieurs sociaux-psychologiques et la destruction des expressions personnelles.

Ici le nouveau techno-fascisme culturel de masse – qui émerge dans l’âge numérique avancé du monde en provenance aussi des oligarques des technologies américaines et chinoises de l’Intelligence Artificielle Générative (IAG) – a un rôle d’appui à jouer aux nations de l’axe totalitaire, comme moyens technologiques d’exercice d’une emprise psychique de masse ; captations violentes et ultra efficaces de l’attention du consomme-acteur, Internet-poubelle et viralité du faux, destruction des liens Web, trucage de l’actualité des mondes de la Terre par « deepfakes » et négation du réel du changement climatique, commercialisation à tout va des données personnelles, diffusion massive, par les puissances techniques du filet virtuel, d’une vulgarité esthétique qui dégrade l’esprit, les corps et le jugement de goût des individus, imposition de normes d’expression et exclusion complexe des individualités différentes. Le rêve de la toute puissance est ici incarnée par la macro technologie du réseau numérique Internet comme filet global complexe d’une réalité fatale qui doit s’imposer à tous. Et si mon rêve est différent de celui du roi des abîmes – le leader en place – , la puissance de l’argent me le fera savoir par tous ses moyens de pression disponibles (solitude forcée, perte de liens sociaux, rire vulgaire et gras, isolement, dégoût de soi, maladies par surcompensation de l’absence de contacts sensibles, dépression, suicide …). L’énumération un peu fastidieuse des services rendues aux sociétés de contrôle et à l’axe totalitaire par les technologies de l’IAG par les entreprises voyous comme Open AI doit également nous faire comprendre l’espèce d’impudence et d’incroyable manque de sérieux éthique de ces ingénieurs-technologues de pacotille dont les technologies imposées massivement par une sorte de forçage économique depuis novembre 2022 sont totalement à côté des enjeux réels de préservation de nos milieux de vie.

A l’intérieur des forteresses de l’Ego et dans les mouvements ondulatoires des sociétés de contrôle à haute intensité, nous permettons par notre essai d’une nouvelle critique philosophique de la modernité du pouvoir au XXI° siècle, de désintégrer les machines de décisions aberrantes ; c’est à dire de désencastrer la machine de décision complexe économique, administrative, médiatique ou idéologique du mouvement de répression d’ampleur poursuivi par les nations de l’axe totalitaire et tous les autres qui percutés par le techno-fascisme voient leurs modèles sociaux politiques se transformer aux contacts de leaders et de programmes d’extrême droite (en Europe, en Argentine, aux États-Unis …). La machine de décision est intégrée dans la forteresse, elle sert les objectifs de maintien du pouvoir à tout prix du leader, la machine de décision est renforcée par le citoyen lui même qui volontairement ou par effraction psychologique décide de renforcer son assujettissement complexe au « Sujet de la Représentation Officielle » du pouvoir. La servitude volontaire est ici importante, elle profite directement aux dirigeants. L’expression annulée fait souffrir mais elle doit d’abord répondre à une certaine forme psychosociologique et linguistique dominante faite d’une semblable ratiocination des expressions artistes, rares ou surréelles qui de par leurs originalités exceptionnelles ne répondraient pas aux attendus des résultats d’un Automate de tri ou d’un raisonnement du Leader ou d’un système bio-communicant. Les murs invisibles et digitaux des forteresses protègent l’intérieur du psycho-pouvoir partout où il peut s’exercer ; les techniques d’emprise psychiques, les contrôles violents et la torture psychologique ou physique, l’élimination pure des dissidences par le meurtre organisé, la xénophobie d’État et l’exclusion finale de l’étranger, l’asservissement par le travail forcé, la violence sexuelle, le chantage aux plus puissants, l’imposition d’une pauvreté horrible, le ventre creusé, la soif cruelle, les maladies forcées et la perte d’habitations pour soi-même et ses autres.

Ici ce qui se joue en Europe en 2026-2035 comme dernier continent refuge d’un monde en détresse est la privation de sa liberté de vivre comme on l’entend dans une démocratie sociale et libérale qui fait toute sa place à l’expression plurielle des différences sociales et symboliques, naturelles et culturelles. Sortir de l’intégration du soi et de l’Esprit par ces nombreuses machines de décisions ; désintégrer les machines de calcul des futurs nécessaires fabriquées par l’Empire ; sortir d’un régime de preuves, d’authenticités inexpressives violentes et de conformités par pression psychique diffuse.

Redevenir libre, solidaire, autre(s) et vivant.

Fragments d’un monde détruit – 218

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