Éducation & Émancipation

« But : une inversion complexe des valeurs.
Méthodes : une éducation expérimentale, sociale et pragmatiste et une attention et un soin portés à l’individualité de l’élève ou de l’étudiant.e.
Moyens : impacts logiques situationnels, respect de la nature, ajustement des corps et des esprits à leurs milieux de vie, contrastes sensibles importants, voir de nouveaux aspects, dire et montrer, conséquences et futurs des actions possibles. »

L’immense impression de gâchis humains et éducatifs liée à cette incroyable impudence et insulte envers la jeunesse – génération de nos futurs – des autorités d’un ministère d’un État en démocratie, a pour pendant l’espèce de réductionnisme violent à des questions de coûts budgétaires, de performances cognitives (classement PISA) et des administrations programmatiques, de la possibilité de l’apprentissage humain continu au fil du temps de l’expérience vécue d’un être humain socialisé depuis les années de primaires, jusqu’aux années Collèges et Lycées ; l’inquiétude quand à la réduction managériale en termes de coûts et de performances du système éducatif touche également les jeunes dans leurs propres capacités de développement cognitif, conatif et affectif dans la mesure d’une méprise institutionnelle grave et généralisée qui s’exerce en continue tous les jours envers les équipes de professeur.es, les élèves et les parents d’élèves. Cette méprise institutionnelle tient en un incroyable aveuglement quant aux situations sociales, symboliques et historiques d’ancrage de l’apprentissage humain ; là encore une fois, c’est l’ignorance du cas particulier, la soif de généralité, le principe antérieur absolu, la bêtise du hors sol et du hors situations sociales de l’activité d’éducation concrète et hétérogène des jeunes enfants et adolescents, qui entraîne la réduction de leurs pouvoirs d’apprendre à une capacité de performance individuelle alignée sur un plan de calcul de coûts et de résultats bénéfiques pour les entreprises futures qui emploieront ces capacités dans des compétences monnayables.

Il faut bien se saisir de la question du sens du geste d’éduquer un esprit et un corps en 2026 à l’ère des automates de tri (IAG) et du contrôle violent des affects et des cognitions individuelles et de l’intelligence collective ; en effet, on assiste à une casse violente des systèmes collectifs d’apprentissage, une destruction des services publics, une impressionnante charge de l’éducation dans la « forme de vie » démocratique par la privatisation des savoirs humains situés au bénéfice d’une accumulation de capitaux et de richesses financières par des monopoles alignés sur le capitalisme fossile et la réduction égotique et cognitive des expériences sociales symboliques. Une jeune fille de 18 ans d’aujourd’hui en Terminal manifeste d’abord contre cet ordre des choses – imposé d’un en haut, illisible, indéchiffrable – , c’est à dire contre la violence de l’imposition d’un ordre anti-social, capitalistique, total ou univoque, qui détruit les conditions réelles de son éducation, qui alimente les replis sur soi et la haine des autres, un ordre violent issu d’une société de contrôle dont l’intensité d’empreintes psychiques est variable en démocratie ou hors espaces-temps démocratiques pris dans l’axe totalitaire (Russie, Chine et Iran). La performance budgétaire est ici la clés de lecture principale du pouvoir, [comment est-ce décemment et raisonnablement possible une telle lecture technique enfermée dans un système de pertes et de profits artificiel alors qu’il s’agit de l’avenir de nos enfants ?] L’élève de terminal qui manifeste en octobre 2026 en France, manifeste contre la vétusté du matériel et des locaux dans les Lycées, elle proteste contre les classes surchargées, des sanitaires indisponibles ou dégradés, l’absence de professeurs et de personnels d’éducation et la violence numérique d’une plate forme dédiée à l’orientation post-bac basé sur un algorithme de suivi de destins individuels – Parcours Sup – elle résiste contre la destruction des rituels sociaux éducatifs (Brevets, Bacs, classes européennes, échanges scolaires en Europe, temps collectif d’apprentissages, sorties de classes, éducations aux médias et aux réseaux par les professeur.es documentalistes si peu nombreux …) et l’espèce de mépris de gestionnaires généralistes et butés envers l’intérêt complexe et singulier de l’enfant.

Cette question majeure du point de vue du pragmatisme de l’éducation des jeunes hommes et des jeunes femmes de l’inscription sociale d’un corps et d’un esprit humain a été largement méprisée sinon intégralement niée par des administrations successives en France soumises à des conditions de restrictions d’actions extérieures toujours aux bénéfices des marchés de l’emploi privés et des organisations d’exploitation des compétences-objets de politiques futures de recrutement et de stabilisation budgétaire de l’économie du travail et de l’emploi hyper-capitaliste. On est là pris au cœur d’une hallucination collective engendrée par l’économie agressive du capitalisme de la prédation ; l’homme ou la femme sont des individus-acteurs stratégiques, producteurs / productrices de performances économiques, agents opérateurs de choix rationnels abstraits positionnés sur des marchés de choix optimisés par les calculs d’optimums triples ; coûts, temps et efforts. Ce qui compte vraiment pour l’administration de l’éducation nationale est la formation d’un citoyen consommateur dont les comportements futurs vont – en accord avec la morale civile de l’époque – promouvoir les valeurs de la Nation et de l’entreprise.

Les formes de la répression étatique sont sévères, injustifiées, et dans certains cas documentées ou illégales, et on se souviendra dans la perspective de la campagne impliquant une extrême droite violente et de l’élection présidentielle de 2027 en France, de la fragilité possible et inquiétante de l’État de droit français – le courage immense et quotidien des défenseurs de justices – magistrat.es, avocat.es, juges, assesseurs, jurés, procureurs – qui font le travail de remise en causes et en raisons délibératives des cas de violences contre les jeunes manifestants, suivant les règles du code juridique et de la constitution de l’action violente ou illégale examinée. Les lycéens manifestent là, ainsi, dans la majorité des cas – avec leurs professeurs solidaires – sous une forme non violente ou intelligente, en se regroupant, ils manifestent de manière collective en mettant ensemble leurs capacités de résistances et leurs revendications légitimes, ils ou elles sont ainsi, de ces façons d’agir concrètes et situées, responsables d’une proposition d’un nouveau monde bienfaisant pour leurs propres vies, que le système financier capitaliste très réducteur ne peut pas intégrer dans ces calculs froids de coûts et de bénéfices au sein d’un budget d’État ; ce monde ci, ancien et vieux du point de vue des mécanismes de gestion par le budget (bénéfices/déficits/lignes de décisions) n’a plus aucun sens en 2026-2050, et il faudra un mouvement collectif, institutionnel et intellectuel très puissant pour le démettre une fois pour toutes (enfin et après des siècles de fonctionnement répressif, fixe et égal) de ses fonctions d’administration complexe de la vie ordinaire des femmes, des enfants et des hommes.

L’expérience de la vie ordinaire pour une jeune femme ou une jeune homme de 16 ou 17 ans en 2026 en France ou ailleurs, c’est faire l’expérience du contact continu et sensible avec un milieu social-symbolique, un corps à corps complexe – un environnement de sollicitations et de stimulations sensorielles, affectives et cognitives – remédié par des intercommunications distantes via les technologies des Smartphones et des différents réseaux sociaux, et la naissance de l’émotion de gratitude lorsque l’esprit s’éveille aux contacts d’une connaissance originale ou étonnante, se fait d’abord et encore et toujours aux contacts psychiques et physiques, proches d’une équipe éducative constituée de professeurs (de différentes disciplines d’études), d’éducateurs d’orientation et de psychologues scolaires ; comment le sous financement assumé de toute cette institution est-elle justifié au sommet de l’État sinon par un discours écran sur la performance individuelle de l’élève. Ces masques idéologiques sont exploités comme des ruses rhétoriques du pouvoir économique pour installer un récit de la faiblesse des niveaux et des compétences des enfants alors que le seul enjeu réel pour ce qui est de l’expérience de l’éducation humaine en démocratie et ses atouts réels pour le développement et le maintien des choses physiques et de la vie sur Terre, est la place de la socialité dans l’apprentissage et la capacité à faire société, ensemble et individuellement en vue d’un but concret d’amélioration des expériences de la vie.

Fragments d’un monde détruit – 221

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