« Les choses, n’ont pas chacune pour leur propre compte, une nature qui leur est propre et qui est séparée de celle des autres, mais elles se font face les unes aux autres dans le monde et composent les unes avec les autres des natures plus larges |…] La valeur intrinsèque celle qui appartient à un individu « en vertu de ce qu’il est en lui même » devient problématique dans un réseau holistique. En vérité un accroissement de rendement en termes de production de valeurs intrinsèques se constate au fur et à mesure que le système évolue vers des formes d’existence individuelles et libres. Cela dit, dissocier cette évolution globale de l’évolution du système de la communauté biotique lui même, c’est prendre le risque de faire de la valeur quelque chose de trop interne et de trop élémentaire. Toute valeur intrinsèque comporte des conjonctions porteuses et conductrices faisant signe en direction de la valeur d’où elle provient et vers laquelle elle se meut. La capacité adaptative rend la valeur individuelle trop indépendante du système. La valeur intrinsèque est la partie d’un tout qui ne doit pas être fragmentée en la valorisant de façon isolée. »
Homes Rolston III, « Conserving Natural Value », New-York Columbia Press 1994. Cité in « La valeur intrinsèque dans la Nature : une analyse méta-éthique » par J. Baird Callicott, p.222. In « Éthique de l’environnement : Nature, valeur, respect », Textes réunis et traduits par Hicham-Stéphane. Afeissa, VRIN, 2007.
Crédit Photo : Romuald Chilard
Quand tes visions sont enfermées à tous les murs d’empreintes,
des cités imbéciles aux grands réseaux de câbles, de carbones et d’électricités et qu’au bout du chemin de larmes, la lumière d’une promesse de survie apparaît ; l’entrée dans le sentier apaisé, au rouge et jaune crépuscule, chaque pas léger, doucement enfoncé dans le sol meuble, les rayons du soleil frais dardant leurs vagues-chromas,
sur les arbres et les feuilles jetés au milieu de ton monde-esprit,
entends tu le chant de l’oiseau siffleur qui va et revient ici,
et dont les sonorités rappellent les nuits sans personnes,
le bleu du ciel a envahit tout l’espace intime de la vision,
des nuages effilochés viennent protéger la Terre,
l’intensité du calme et de ces silences musicaux sont tellement prodigieux, tout semble contacté par une femme à la grâce superbe,
aux corps noués dans les racines, à la respiration lente et aux cheveux d’anges, l’œil grand ouvert, liquide et précis, voit le monde dans son apaisement, la paix du Seigneur, le calme et la splendeur de la Terre,
et tu éprouves un délicieux passage comme si tu étais dans un rêve,
où la vie trépidante et l’urgence du Maelstrom de la cité humaine, finissent, il y a ce vide qui remonte depuis le sol mouillé, le rien majestueux qui affleure et les signes dans la forêt, sont des profusions de vives sensations, ils (in)forment des lents voyages sensibles et de belles espérances, par lesquels s’exilent des formes inconnues, sans cesse recontactés, et Dieu ou Nature, Seigneurs de la vie, accueillez-nous ; nous les étrangers et les dissidentes, les âmes parties en exil,
nous chérirons la Terre dans ses liaisons organiques, ses motifs spirituels, ses senteurs merveilleuses, son visage sacré, sa longue traînée de Temps et quand tu te promènes seul.e dans la forêt, la nuit de l’Esprit arrive ; les trouées dans le calcul, la capacité de réflexion et l’identité logique, l’espèce de vêtement renversé, la robe d’étoiles et de nuées, la distance est ici devenue la matière d’un Temps nouveau,
le lointain est le plus proche, le plus proche est le lointain,
et ton œil clignote, ses paupières luisantes, sa couleur verte cristal,
tes lèvres bleues azur appellent des longs baisers et des songes,
et ses espaces-temps précieux sont comme des abris sous l’unique soleil, des maisons de paix, pour l’esprit, l’âme et le corps fatigués,
il y a des eaux tranquilles plus loin, des rivières, des cascades précieuses et j’entends s’entrechoquer les pierres grises-argents qui roulent sous la pression des flots multiples lancés en continus, des flocons de neige parfois tapissent les eaux fraîches, que j’aimerais toucher nu le corps de cette rivière,
la frondaison intime, et l’odeur de la vie qui envahit tout,
disparaître au fil de l’eau glissante dans les ténèbres,
laisser à l’intérieur de la cité administrative, les gestes machines,
revenir à l’expérience des contacts sensibles, comme « ur-phenomen », primitivité caractéristique des corps et des expressifs vivants, l’expérience de la Terre, les futures biosphères coopératives, et j’ai la bouche remplie de vent, d’herbes et d’humidité, mon visage est touché par des étincelles merveilleuses,
en allant en chemin tranquille, pendant que le soleil se couche,
et j’attends la nuit avec impatience, pour obtenir les nouveaux regards et l’apaisement dans cette frontière du vivant et des techniques,
Que retire la Nature des gestes machines quand tu les exécutes cette nuit là ?
Sens tu s’affaisser le seuil d’artifices imposé par tes petits chefs ?
Voix tu ce monde nouveau émerger lentement depuis nulle part ?
Le monde des esprits voyageurs, des oiseaux de sons et de larmes,
sur les chemins de lumières, le soir au crépuscule, dans l’absence de vitres-ordinateurs, je marche dans la forêt, seul, enfin apaisé, sans rien à projeter, par le vide spectral, ni programmes de prévision, ni futurs probables, ni passés recalculés,
et tout ce monde-esprit(s) ; bêtes, oiseaux, insectes, serpents, rats vivent en moi ..
Et tu crains le redoublement affreux ou le masque virtuel,
la Nature obscurcie derrière l’écran de veille, l’image très belle et la Nature dévastée : aimer la Terre, ce n’est pas porter des beautés sauvages et uniques au pinacle, à la limite extrême du monde des vivants, c’est revenir au rythme d’apaisement, protéger la vie quotidienne sur Terre, jouer la musique des souterrains, du ciel, des racines, des feuillages et des pluies,
la basse profonde qui bât dans le cœur des arbres,
s’orienter habile et ensemble dans les multiples zones de contacts,
survivre dans les biosphères coopératives, au delà des Temps,
du triste capital et du sang versé à ses sous mondes, affreux,
par petites localités, petits groupes, petits territoires de progrès solidaires, se séparer de l’infini, l’omnivore Tyran, l’exploitation des ressources-objets ; le mâle asservi qui a programmé sa disparition.
MP – 20092026
