Les yeux sans futurs

« Monde serein, monde paisible !
Monde libre, pas enchaîné !
Pourquoi donc ô monde, mon frère,
Dans ta bonne et chaude maison
T’a t-on enchaîné, emmuré ?
On a faussé l’œuvre de Dieu,
On l’a couverte de la pourpre,
Achevée par le crucifix.
Non ! Pas achevé. Lève-toi !
Brille sur nous, éclaire nous.
Mon frère, déchirons la pourpre,
Pour nous en entourer les pieds,
Allumons notre pipe aux cierges,
Chauffons-nous avec les icônes,
Et balayons du goupillon,
La nouvelle maison, mon frère. 

Saint-Pétersbourg, le 27 juin 1860 »

Taras Chevtchenko, « Monde serein, monde paisible » in « Notre âme ne peut pas mourir », p.38, Avant-Propos d’André Markowicz, Traduit et préfacé par Guillevic, SEGHERS, Paris, 2022.

« Faces », Pavel Filonov, 1940. Analytical Realism.

Leurs faces de pantins rectangulaires, acquiescent à la souffrance,
et l’atonie est leur marque visible, leur style d’expressions,
ils vivent ensemble dans des pensées fixes, fermées à triple tour,
aucun échappatoire n’est prévu aux anormaux et aux dissidences,
et ils prient un dieu étrange qui n’a jamais existé sur Terre,
pétrifiés dans la peur faite institution,
et toi qui regardes à l’intérieur des vitres réseaux,
les cellules de réactions et d’aspiration de nos volontés,
les Ego sont excités comme jamais et collés sur leurs programmes,
tu vois comme nous l’étrange alliage de haines et de purs ressentiments, pour les différences qui seules feront sens pour survivre ; la haine du juif errant, la haine de la connaissance, « Misologie », l’ignorance des penseurs de l’islam, l’incompréhension crasse de l’humour juif ; la liberté et l’absurdité, le rejet du chrétien progressiste, liseur de textes, découvreur de mondes, la haine de l’humaniste sans dieu …

Et les formes de la fixe terreur – Totale – de leurs religions politiques, imprègnent leurs âmes repoussantes ; ils vivent ailleurs entre hommes, dans un monde rance, à l’odeur de renfermé(s), de vulgarités sexuelles, leur esthétique est d’une violence inouïe, rouge sanguinolent, nauséeuse et morte, et le vouloir vivre encore sur cette Terre dépend-il d’eux, vraiment ?
Ils violentent la pensée, heurtent et tuent les étrangers,
la femme est une aberration, elle est tentatrice et pécheresse,
regardes encore dans leurs visions d’enfer et d’apocalypse,
toi qui sait déjà par instinct logique où est le vrai et où est le faux,
et par intuition forte ou absence de définition, où est le bien et où est le mal. La vitre opaque de leur regard unique et obsédé, contient une terreur fixe, la prison dans laquelle ils veulent nous enfermer, regarde et regarde encore, examine le visage et les expressions du dément et lis la démence qu’il propose, sans ciller, ni trembler, ni douter …

Détruire les libertés, sociales, symboliques, sexuelles et reproductives, passer sous la coupe de l’axe totalitaire, devenir rien en tant qu’individus et citoyens d’une démocratie ; le chiffre ultime d’une violence d’État et de machines,
l’abandon de masses de pauvres, de malades, de faibles et d’immigrés et leur héritage historique est très lourd, il comptera toujours,
à jamais dans leurs propres existences de déments,
mais la Terre refuse ces personnages grotesques et dangereux,
leurs programmes sont idiots, inapplicables, ils ne nous disent rien du futur et l’amertume qui reste en bouche à écouter le Leader,
est le goût de la résistance et de la fuite,
ah mon Dieu, comment ils invoquent ton nom,
pour en faire un mantra de la haine et du ressentiment,
le nom commode de l’essence mystérieuse, inaugurale, inatteignable,
l’absolu de la Terreur fixe, de l’antérieur qui décide de Tout,
la causalité ultime – inopposable – des machines et des prêtres …

Nous leur refusons le rôle de guides, d’interlocuteurs, de Leaders ; ils ne sont rien que pourrissement de l’amour humain et destruction des vivants car ils veulent détruire la pluralité démocratique, la tolérance et leurs programmes de l’authentique vont contre la possibilité de la survie, le nomadisme, pour l’expulsion par listes, arrestations et prévisions, la totalité de l’emprise dans la peur et le récit officiel,
le renvoi des femmes à leurs foyers, rance et abjecte,
le contrôle sur leurs corps, leurs expressions et les psychés,
l’art censuré, le journal mis au pas, la croyance uniforme,
la pensée rabougrie, et les corps libres niés,
l’économie de la prédation, du fossile et de l’annihilation tragique,
on reste sidéré par l’absence totale de réalisme, de perspectives de vies et tout ce qui vient à nous est la défense de l’esprit libéral et la construction d’une vie meilleure, l’extirpation du chaos de l’extrême droite globale et des totalitaires ; la sortie des « Médiacraties » des Empires qui alimentent cette frontière d’exclusion, ce repli massif et complexe de l’égotisme et du délire ;
non, leurs paroles et leurs écrits ne sont pas innocents ou recevables en démocratie : faux, haines, rancœurs, laideur éthique de la pensée ..

MP – 25092026

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