« La méthode ne tente pas seulement de saisir les langages morts. Elle essaye, autant, qu’il se peut de les capter sur le visage même qui les émet. »
Jean-Pierre Faye, « Chapitre II. Figure », in « Introduction aux langages totalitaires : Théorie et transformations du récit » p.209, Hermann, 2003.
« Seated Nude ». Paul Cezanne. 1885.
Le contact pris dans un monde si proche,
le feu dans tes joues qui illumine nos visages,
les yeux espiègles et rieurs, l’appréhension brillante,
et l’attention si douce qui colore et fait battre mon cœur …
S’échapper de leur monde « tautiste », juste un instant,
là où représentations et expressions s’enferment,
dans des structures-idoles, de grands supermarchés d’idées,
et nos corps sont des armes vivantes, ils rappellent des formes anciennes, à l’horizon du social texte, de l’imaginaire social, sensible, reproduit,
ils appellent les réponses solides, les armatures, les flux, les profusions de signes symboles pour les interprètes par les médias de contacts,
les sceptres de commandes, les grands producteurs de signes et d’objets référents,
tracent des cercles étranges dans nos rêves de libération,
et la musique est là, présente et toujours ; ce goût de vivre,
qu’il faut entendre encore à moins de s’évanouir,
le moi-peau comme une limite d’excitation,
les corps à corps, et le regard intime dans ton visage,
toutes ces surfaces qui glissent au toucher,
et qui nous préservent des outres mondes,
de l’occultation des instincts fiers et des sensations,
par des nourritures blanches, amorphes, empoisonnées …
Ah préserves nous du mal, dieu, de l’absence de désir,
des mécaniques du pire, de l’horizon terrifiant et chimique,
les sexes morts et le grand dégoût de soi et de ses mots,
cette solitude sacrée qui grandit au milieu de nulle part,
et les paysages de ton corps et de ton esprit sont merveilleux,
ils illuminent la terre, le ciel et la mer,
et je parle – tout seul – le langage inerte et mécanique,
le langage administré par l’emprise psychique et l’idole,
dans ce langage-machine, rien ne circule très vivant ;
la psyché digitale est la psyché des monstres,
les liaisons d’automates répondent toujours aux règles,
la grammaire figée dans les prisons froides et l’absolu néant,
le livre des comptes et la surveillance par des calculs d’intérêts,
femme, homme, enfant, aux corps étonnants, différents,
jeunes et anciens, des mondes encore vivants,
alors quand tu m’adresses la parole, ou quand tu m’écris,
je ne sais plus quoi te répondre, tu es une âme humaine, un corps vivant aux expressions nouvelles et possibles, je suis annulé par l’emprise, l’informe machine inexpressive …
Nos réponses sont prises en charge, traduites et dissoutes,
à l’intérieur des eaux tranquilles, des cercles de contrôle,
et ma violence est une percussion du système total,
sur des peaux rigides, mortes, des signes détruits,
on est bien là – ensemble – au milieu du complexe des cages,
toutes ces prisons digitales, alphanumériques et biomorphiques,
les têtes de pioches qui répondent présentes toujours aux ordres,
de l’économie des monstres, les immenses faillites,
les têtes qui sélectionnent les ordres et excluent,
le monde ultra binaire des réseaux de machines …
Ah qu’on est bien protégé dans la cité des enfermé.es,
le gouvernement des monstres et des tristesses,
les matrices informées et vides qui tuent et sérialisent,
et nos corps réclament des dons, des soins, des attachements,
et quand je te regarde, je vois la vie et l’expression de la vie,
dans un visage espérance et des yeux, si beau et apaisant,
la gêne, le manque, la honte, le plaisir et la peur …
Et ma tête de pioche, tellement inappropriée ; je veux la détruire, la supprimer, qu’elle sorte une fois pour toutes de mes interactions sociales, brûler les cartes débiles, éviter les retraits et les projections stupides,
les jeux qui distribuent les rôles et les scénarios du pire, revenir aux rituels des prières, du contact aimant et des rouges désirs,
écouter ta voix fragile, improvisée, au milieu de la nuit, le silence comblé, le mince filet sonore, argentique ; l’image acoustique,
ces corps là – nombreux – passés sous le fil aiguisé des lames,
sont des armes vivantes, prêtes à aimer et à oublier …
Ne donne pas tes langages ou ton corps aux heures des machines,
résiste toi et préserve nos différences de vies et d’expressions.
MP – 07082026
