« Le feu, qui vient, séparera et saisira toute chose. »
Héraclite, « Hyppolyte. Réfutation de toutes les hérésies – IX, 10, 7 » in « Héraclite ou la séparation », Jean Bollack, Heinz Wismann, §66, p. 218, Minuit, 1972.
« Chiffre de la violence, le feu entraîne dans la négation. L’anéantissement produit, pour chaque chose, la coïncidence des contraires, nécessairement particulière à chacune. » §66, Commentaires de Bollack/Wismann.
Fire, Adriaen Collaert after Maerten de Vos, 1580-1584. The Four Elements and Temperaments from an Album of Prints after Maerten de Vos (ca. 1583)
Tous les corps vivants brûlent de l’intérieur,
et les signes du feu sont marqués dans la chair du sensible,
ces enfants signes avalent les cendres des forêts,
le vent souffle depuis l’intérieur des grandes forges,
le vent crie à l’unisson des animaux, des esprits et des arbres,
et les flammes bleues et rouges rongent nos pensées,
la chaleur est si extrême qu’il faut sans cesse les briser,
et les fatigues et l’épuisement conjugués aux désespoirs,
annulent les préoccupations et les soucis ordinaires de soi,
la boule de feu – Soleil – est bien fixée haut dans le ciel,
elle irradie de milles rayons puissants et insupportables,
et si le désert grandit dans ton âme, mon seule amour vivante,
c’est que le Spectre-Nihil et l’angoisse des futurs niés,
remontent à rebours, les voies de l’enfer et de la guerre pour la vie …
L’envie d’en finir, dans l’épreuve de soi, de rejoindre le néant des flammes, de laisser à d’autres les soins possibles des autres vivants,
devant le feu violent qui sépare les êtres et mutile les étoiles,
ce pouvoir ultime de destruction de tous les corps,
cette lumière qui éclaire en vain les âmes déjà mortes,
l’infinitésimale poids d’un paquet de cendres,
la légèreté des morts ou leurs voyages silencieux de fantômes,
la vue d’un être vivant qui bouge, crie ou parle,
et l’immense fragilité de la vie sur Terre, le foyer vital en mouvement … Je ne sais pas si tu souffres, dans l’Hadès, mon amour,
mais je sais que je ne sais pas ; et si je suis encore vivant,
quand tu me regardes, je suis très loin d’ici, maintenant,
je communique aux trépassés et aux liseurs de feu,
ces créatures aveugles et espiègles qui regardent en Nous et prévoient les futurs au travers des rêves rêvés dans la nuit du monde qui advient et cette image dans leurs rêves est l’image d’une séparation,
par les colères du feu et la sagesse infinie des étoiles,
il faudrait que tu vives dans l’image que je vois, que je te représente,
pour que nous puissions montrer aux autres, les chemins du futur ; la terre, l’air et l’eau sont des refuges, des éléments premiers,
le vent qui amène la pluie, les orages tant attendus,
et nos poumons remplit d’oxygène ; l’œil vif et alerte, la voix des chants ce qu’il te reste de distances dans ce rêve des futurs promis,
l’inquiétude sourde, le langage-secret dont l’ombre transite par tes yeux, les liseurs de feu décryptent les signes sur les murs en flammes,
les signes-symboles qui virevoltent sous la poussée de l’air brûlant,
l’oxygène comme un piège, qui provoque l’explosion massive,
les lieux des esprits fermés à quadruple tour, la prison digitale,
et nous sommes la coalescence des forces, les beautés du seul ciel,
ce ciel rouge, bleu et noir, par lequel proviennent les foudres, les tonnerres et nous appelons la venue de la pluie, les vagues d’eaux fraîches, à chuter là par millions de larmes, au milieu des catastrophes, venir aux brasiers des enfers, dans les cercles de l’abîme, les flammes ubiques qui sautent d’un lieu à l’autre,
le mouvement du noir et or et de la perte ; l’écrasement des forêts,
la noirceur de plomb qui colore les terrains, les chemins, les sentiers,
et les fumerolles qui remontent dans les suspens du feu …
Les végétations mortes et le sol lunaire, sans air, ni eaux,
les animaux tués ou fuyants vers d’autres territoires,
la terre noire qui resserre en elle, la sécheresse, gardant l’impression morte et panique, l’impuissance complexe et le délire des négationnistes du climat.
On vient monter les spectacles d’abandon à la télé-vision humaine ; les explications fétiches, dangereuses, asservies et empêchées, dans la « Médiacratie » triste ou haineuse des autoritaires et des technos-fascistes pour produire des discours d’enfermement, des grands replis sur soi …
Ah viens toi ; délire technologique, écran smart et ultime, des réseaux-machines pour exploiter à l’infinie nos pulsions, nos petits commandements sur interfaces,
moi corps fini, mortel, vulnérable, je suis figé dans l’infini du réseau monstre et mes futures vies condamnées sont sublimées par les rêves des automates de tri et des machines de visions.
Nous appelons la terre noire comme fin ; l’absence de vie, la terre de la dévastation et le feu qui couve au dedans est le feu des possibles présents.
MP – 24072026
