« L’âme doit toujours être entrebâillée
De façon que si le Ciel enquête
Il ne soit pas obligé d’attendre
Ou craignant de La troublerParte avant que l’Hôte ait glissé
La Clef dans la Porte –
A force de chercher l’invité parfait
Plus de visiteur – »Emily Dickinson, « Lieu-Dit l’Éternité », Poèmes choisis, p. 205, Traduit de l’anglais et présenté par Patrick Remaux, Points, 2007.
« Le Double Secret », René Magritte, 1927 – Musée national d’Art moderne, Centre Georges Pompidou. Paris.
Devant ton corps-soi, vague, nu, bouleversant,
il y a les lignes de fuites, le trompe-l’œil mythique,
la musique du silence et ton visage creusé d’infini,
dont les traits bougent, vivants, glissés dans cet horizon du maintenant,
au delà du mutisme des pierres, dans l’eau noire des océans,
ah vois tu l’absence de fonds, le paradoxe de notre rencontre,
le piège commode de la transcendance …
Et le corps de l’autre humain.e devant qui se tient le regard,
l’attention sensible, l’expérience du contact pour soi,
est ce corps évident, caché derrière le rideau peint des coulisses,
quand les mots fragiles cherchent à t’exprimer ou te décrire,
mon ange de lumière qui joue ici des partitions étranges …
Quand ils s’essaient à voir ton âme par les gestes, les signes, les attitudes,
Et qu’ils se heurtent toujours à l’image fourvoyante,
l’image du faux intérieur qui nous tient captifs …
L’intérieur caché derrière l’extérieur et l’expression évidente, manifeste
et par l’angle mort de l’action d’un je fébrile,
se voient comme par doublure, les machineries du sujet,
l’attente à n’en plus vouloir, le repli vers sa propre division,
la recherche du contact désespéré, comme une magie sociale éteinte,
le trancefer qui alerte sur l’opération dialogique qui échoue, rate,
comme la surface d’un tri-logue muette, qu’il faut restaurer, faire renaître,
sur laquelle plus rien ne s’inscrit de nous-mêmes …
Un sans-couleurs, sans reliefs, sans aspérités,
sinon la partie d’un soupçon universel, ou la grâce d’une invention …
Revivre avec cet autre différent, âgé, au visage terrible,
inquiet, aimant et souffrant ..
Et le silence est comme un envoûtement, un manteau d’obscurités,
qui tient la mort en haleine, fait tenir la surprise et le suspens,
dans tes yeux se consument les flammes qui ont dévorées toutes les ombres … Rien, semble t-il, est ici, maintenant, que je ne puisse voir, par l’imprévisible mouvement de ton corps fuyant les ordres, les systèmes … L’appel derrière ton visage provient du sable-mémoire, de la mer et du tourment, avec les larmes de sel et de sons, qu’importe la musique du soi-même. Par les vagues blanches translucides, les eaux baignées de lumières,
glissent les surfaces froides contre lesquelles, tous les secrets meurent,
un par un, alignés comme des subtiles porteurs de poison …
Et la surface est le mur quand le poison secrète la solitude et les traces,
le mur de ta présence, la ligne du temps qu’incarne ton corps,
l’assemblage de sons, de formes, d’attitudes et de gestes que les jours font naître … Et parmi les nuits seules, dans les noirceurs assassines, je pense à te fuir ..
Fuir au delà de nos rencontres, caressant la peau métallique du monstre,
se repaissant du goût de ses blessures ouvertes ..
Et s’échapper des doublures de gestes, d’impulsions,
dans lesquelles se glissent les kreatura, les images-fétiches,
celles qui traînent leurs robes symboliques dans toutes conversations
est une gageure, une épreuve qui colore nos espérances …
L’attente extrême, immense, ce désert de mots-signes,
de creusements, sans les meutes de chimères folles et sans buts,
est figée dans la solitude du je pris par cette dualité,
la prison d’un drame dual pour l’ego ..
Sujet et Objet fixés, empêchés par cette désignation insensée ..
Violence, doute et silence avancent ensemble, côte à côte,
l’expérience vécue est devenue mon soi, au présent,
la nuit de l’esprit, le doute qui glisse dans la voix passée du fantôme,
la robe de diamants, et l’ange de la consolation,
mes certitudes fortes, reprises ; il n’y a plus rien à dire,
seulement le dire de ton regard éveillé qui transperce toutes choses ..
Il n’y a plus rien à voir derrière la nuit et les étoiles brillantes …
Toutes les formes humaines, vivantes, sujettes du pour soi,
seront venues dans l’expérience du contact sensible ..
Les signes-mutants posés en armées sur les drôles de feuilles,
que les yeux des âmes pauvres regardent sans ciller …
MP – 09082024
