Résistance

L’incroyable régression politique et historique des mouvements de droite traditionnels, républicains ou libéraux, qui ont été traversés d’une lame de fond réactionnaire aux États-Unis (avec le Trumpisme qui a phagocyté le parti républicain) et en Europe (avec le mouvement Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni, la Hongrie de Viktor Orban, la Pologne du parti Droit et Justice, le mouvement Alternative Für Deutschland (AFD) en Allemagne, le Rassemblement National en France (RN) et d’autres encore), souligne la double force du Backlash historique vis à vis de politiques progressistes des années 1960, et de la peur idéologique, irrationnelle et massive des crises climatiques et énergétiques omniprésentes. Il est proprement sidérant et consternant de voir Donald Trump – l’artisan d’une violence politique inégalée dans l’Histoire – soulever encore les foules et s’offrir une popularité forte chez des américains (et l’attentat récent contre lui évidemment condamnable en faisant de lui une sorte de messie grotesque ne fait qu’accroître sa popularité) qui pourtant ont bénéficié de réformes importantes sous la présidence Biden/Harris, notamment en matière écologique. Le brouillage idéologique des faits et le confusionnisme maximal élaboré par Donald Trump et ses partisans conservateurs ont rencontrés un certain succès et se traduisent encore par un aveuglement de masse de ses potentiels électrices et électeurs vis à vis des enjeux économiques, écologiques, politiques, présents et futurs.

Ici la psychologie sociale et politique doit nous donner des outils d’analyse critique de la constitution d’un certain type d’esprit réactionnaire ; cinq caractéristiques centrales peuvent former cet esprit – 1) la haine du raisonnement complexe ou la misologie qui accompagne la haine des élites et des technostructures au nom d’une souveraineté populaire mythique ou d’un âge d’or – 2) le refus de changer ses traditions et son mode de vie percutés par les effets dramatiques des crises climatiques et énergétiques (Trump reçoit ainsi – et ceci doit nous alerter – le soutien financier franc et massif de compagnies pétrolières) – 3) l’intolérance vis à vis de tout ce qui est étranger et l’ignorance crasse et rance de la diversité humaine de genre, d’orientation sexuelle, de races, de nations, de choix politiques sociaux, artistiques et culturels (Elon Musk – cet entrepreneur sans états d’âmes qui par sa prise en otage de débats publiques sur le réseau social « X » monopolise un mouvement d’opinions publiques irrationnel et dévastateur pour la vie complexe des démocraties) – 4) la peur de la grande dilution de la famille, de l’ordre sacré ou naturel, dans ce qu’ils appellent le mondialisme, la démocratie sociale et libérale et enfin plus profondément 5) l’effet de bouclage d’un système de jugements et de croyances auto-renforcés – enfermant sous l’effet des bulles de conformation technologique des réseaux sociaux – contre le monde qui est, contre le futur qui vient, contre le passé qui a été, contre les faits historiques et scientifiques.

Comment résister à toutes les blessures que les extrêmes droites américaines et européennes veulent porter à l’intérieur de la forme de vie démocratique comme un éventail d’actions politiques, économiques et psychologiques, visant à coloniser de l’intérieur les institutions de la justice, de la solidarité et de la délibération publique afin de saper les raisons d’agir et les motifs démocratiques de l’action publique ? Ces motifs de l’interaction sociale et vivante de la démocratie sont la possibilité du débat sans appel à la violence publique ; l’exemple des émeutes sur le Capitole le 6 janvier 2021 est dramatique ; une marche encouragée et initiée par le président Donald Trump lui-même / l’appui sur un socle commun de rationalité et sur des émotions propres à la démocratie comme la sympathie ou la compassion / l’acceptation des règles de la majorité lors des votes et le respect des minorités agissantes dans le cadre de la loi. Un des axes de résistances forts contre l’extrême droite doit devenir la question climatique dont la perception de l’importance est devenue majeure dans toutes les générations, partout, dans tous les territoires, dans le temps humain du vivant que le changement climatique rend plus vulnérable et oblige à transformer … Car si la question climatique simple et complexe fait peur, elle ne peut, sur la base d’orientations politiques courageuses, que clarifier un futur de réformes pour une évolution écologique et éthique des sociétés et des comportements individuels ; futur accepté par toutes et tous, et excluant de facto – par les faits et l’enquête scientifique – tous les acteurs de l’extrême droite qui avec ces arrières pensées clientélistes font du déni climatique un fond de commerce électorale.

Manipuler les masses par la peur panique, irrationnelle, accéder aux pouvoirs en détruisant des institutions qui communiquent et transmettent un savoir et des valeurs, en se servant du chacun pour soi néo-libérale d’un capitalisme égoïste et autoritaire, permettre les régressions des droits en matière de mœurs, autoriser encore la prédation massive de ressources, représentent quelques-unes des techniques de combat qu’utilisent les extrêmes droites. Car celles-ci veulent radicalement changer le fait démocratique quitte à violenter et détruire les intérieurs sociaux-démocratiques – le confort moral inégalé de la démocratie ; elles veulent tuer les émotions qui permettent la survie de la démocratie, casser les mécanismes de redistribution de la richesse ou la solidarité nationale et exclure les valeurs de tolérance et de diversité culturelle et symbolique comme critères de l’action publique et institutionnelle. Nativisme, exclusion des immigrés et repli sur une tradition mythique, Autoritarisme et Répression par un contrôle accru sur les jugements et la sphère privée des croyances informent un domaine d’extension de la lutte culturelle de l’extrême droite contre les démocraties. Et l’influence des médias outranciers, des réseaux asociaux et profondément vulgaires, qui mettent en scène de l’infotainment réactionnaire à longueur de nuits et de journées (voir les médias Bolloré en France comme C-News et C8 ou Fox-News aux États-Unis), en captant l’attention de chacun, chacune, cassant les liens sociaux et empêchant la poursuite de la conversation démocratique signale toute l’importance de ces outils d’influences et de propagande idéologiques élaborés par les extrêmes droites.

Faire face à cette régression en remettant au centre de l’attention publique par tous les moyens, tous les médiums, la question des crises climatiques et énergétiques, et la manière dont la culture de pays entiers peut empêcher ou au contraire favoriser des politiques de lutte contre le réchauffement climatique doit représenter le cœur des stratégies politiques des forces libérales et socialistes qui croient en la justice, la tolérance et la liberté humaine. Car cette évidence là qui fait partie des évidences terminales (naissance, mort, maladie, amour, faim, soif, joie ou bonheur) qui est l’évidence de la dégradation des milieux vivants entiers sous l’effet du changement climatique s’oppose à toutes formes de scepticisme ou déni. C’est une forme d’arguments opposables aux délires de l’extrême droite, à son conservatisme rance et outrancier, (muscles et haines, satisfaction de soi dans la prédation, virilisme, patriarcat, industrie de l’abattage et de l’instrumentation violente des corps et de la viande animale, exploitation dramatique de ressources, antisémitisme, haine des musulmans, antiféminisme …)

Et s’il faut pointer trois directions tactiques que vont mettre œuvre les mouvements d’extrême droite d’ici novembre 2024 et l’élection américaine, contre la force d’impact de la jeune et brillante Kamala Harris, il faudrait dire tout le poids et l’efficience ces dernières années dans le corpus idéologique de la droite – et pour rendre plus poreuse encore la frontière entre la droite et l’extrême droite – des fumeux concepts de wokisme et de cancel culture – ce sont là à vrai dire des armes rhétoriques puissantes qui ont déjà fait leurs preuves et qui serviront encore une fois toujours, avec l’immigré comme bouc-émissaire, comme trois épouvantails idéologiques dans l’arsenal d’arguments manipulés par l’extrême droite américaine et européenne pour installer l’idée dans les opinions publiques que eux seuls représentent légitimement les mouvements politiques qui travaillent à la sécurité des peuples, la survie de la famille, la perpétuation du genre et le respect de la nature, la victoire des hommes blancs, des cultures et des formes imposables, des traditions mythiques et des frontières.

Fragments d’un monde détruit – 127

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