« Suivre les tracés du langage, c’est relever des énergies ou des crédibilités sociales. La chambre de Wilson est aussi ce lieu expérimental de la physique des particules où le seul déplacement des tracés lumineux traduit les structures formelles des éléments et les transformations de leur énergie matérielle. Ici le scintillement des termes – mots, phrases, séquences – et l’empreinte du discours entier traduisent les rapports et les déplacements de rapports entre les groupes ou s’échangent, et qui échangent, ces langages. »
Jean-Pierre Faye, « Révolution conservatrice » in « Introduction aux langages totalitaires », p.127, Hermann, 2003.
Ne plus voir d’ici – le réel – que ce qui est indiqué la bas – l’illusion –
la masse d’objets-icônes, qui percutent leurs paroles, leurs visions,
des foules agenouillées, obéissantes, survivantes dans les zones virtuelles,
ces entre-deux mondes, faits de réactions, de replis et de captures,
des regards mobiles et des doigts agiles qui pianotent sans fins,
le proche et le lointain sont là comme deux axes certains,
au centre, fixés comme des architectures sombres très basiques,
vêtus de manteaux noires et blancs, des voyages de données binaires,
et par ces interfaces multiples, s’encagent des monstres,
ces grands dictateurs aux traits brutaux, rapetissés comme injurieux,
ces fantômes qui tiennent serrés dans leurs poings, des signaux,
des astres rutilants, des trous noirs qui brillent au fond des ordres,
et allument les torches des cerveaux encore brûlantes par la nuit,
cette grande et horrible nuit, de peur panique, d’ego stupides,
de centres d’évitement ; une hallucination qui absorbe tout les gestes sensés,
et les dissidences éparpillées, les femmes, les enfants et les hommes,
seront des errants sur terre, des étrangers et des nomades sans patries,
et les parcours de la peur sont déjà légions, rien n’arrête ces destinations,
n’importe qui connecté peut faire n’importe quoi, avec l’aide de tous,
et toi, monstre qui gouverne par le sang et la crainte,
rappelle-toi la force des faibles, la non-numération des masses,
leurs capacités folles à détruire, à créer et à reconstruire,
et ton emblème de Haine, ce pseudo-signe sans règles, sans standards,
d’une non-forme déformée par la lâcheté et la bêtise,
qui refuse la raison, la règle et cède toujours aux sentiments,
et la Terre meurt sûrement, le papier-écran qui brûle, la consume,
les partisans fomentent des révoltes, des meutes et des passions,
les gardiens sont les maîtres des temps morts, des non-jeux idiots,
et tout est rendu disponible ici, maintenant, mais rien n’est compris,
il suffit d’un œil pour voir, d’une langue pour parler un nouveau langage,
mais au cœur des secondes fragiles, se tient en garde-fous, l’absolu Néant,
et tous les spectres qui remontent, déguisés sous des discours séduisants,
la glaise de la créature qui se conforme aux volontés cyniques et puissantes, et le froid des machines d’oubli et de perte, n’a d’égal que le sang figé, dans les yeux du mort passé qui ne voient rien, dans les mémoires effacées,
Ah ce présent ne passe plus, aux frontières, ne contrôle plus rien …
Tout n’est que répétition et difformité du Temps.
MP – 26012024
