« mes mains
deux oiseaux assassinés
attendent de tomber
près de l’arbre
et ne savent pas
pourquoi
le sang qui leur donne la vie vient et va
dans la mort »Clarisse Nicoïdski, « Les mains » in « La couleur du temps », traduit du judéo-espagnole par Florence Malfatto, p.51, Gallimard, 2023.
Regarde ici, tout autour, plus prés de l’arc en chairs,
le ciel d’or sombre et de larmes, des sourires-nuages,
et la fatigue immense comme une ombre,
qui recouvre d’étoiles et de nuit, tes épaules et tes yeux,
celle qui descend dans les nerfs et efface tes souvenirs,
Nous sommes les voyageurs, les spectres du futur,
ceux là qui rappellent toutes les traces ultimes,
les signes alpha-bêta inscrits sur ce mur,
et nos espérances sont reprises hors d’ici,
dans une forme d’actions mutante, survivante au delà,
elles traduisent des rêves à peine formulés,
font parfois des miracles et des merveilles, auprès des frontières,
le sel, le vent brûlant, l’air compressé dans la nasse,
que dévore les flammes à toute vitesse,
et l’eau qui manque, l’absence cruelle de la pluie,
et la peur s’est glissé dans le trou formé par la nuit,
cette nuit mauve de l’Esprit, l’habitude empêchée,
et le temps qui chute dans les arbres consumés,
sur les tas de cendres grises, fumantes,
et respirer devient ce luxe étrange, cette seconde peau,
tout cet air que tu avales va prendre un prix élevé,
le prix du libre échange de souffles, la fixation de la survie,
le prix du sang et de l’existence ensemble redoutée,
évite les marchands d’illusions, les rhéteurs du pouvoir,
les habiles discoureurs à la solde des puissants,
qui vendent un monde moderne fermé à triple tours,
l’optimum triple ; temps, coûts et efforts,
la formule stupide du désastre par l’adaptation,
qu’avale à toutes heures, les branchés mornes du réseau,
en cocktail de signes plaisants, de sons et d’images,
cette foire d’empoigne des raisons factices,
des langues déliées qui imaginent des faux-tableaux,
des images folles, fixées, frappées on ne sait où,
dans les mythiques boutiques des représentés, les réduits fantômes,
prés des organes biologiques ; les cerveaux bleues et leurs activations,
Il ne fait pas bon vivre ici, avec cette couleur finale de nécrose,
la fin est au bout des replis obscurs des capitaux,
s’adapter à tout prix est devenu cet empire vraiment idiot,
qui recèle des kilomètres de remords et de craintes,
la terreur de l’emprise par le sexe et la mort,
Regarde plus loin, dans les regrets fumants,
les nuages de souvenirs maintenant évaporés,
des terres avant accueillantes et des cris des enfants,
devenus ce cristal opaque, sans reflets, sans reliefs, et sans fonds,
cet argent-roi fait cartes plastiques, puces et lignes de codes,
n’oublie pas mon ami.e, la seule voie du futur,
que tiennent in-accédée tous les dresseurs de morts,
Bouches des enfers, attelage de langues noir, hurlantes et pathétiques,
toi qui entraîne dans l’oubli, les masses rêveuses, vives et passantes,
ne reste pas là avec ceux et celles qui croient en ta disparition …
MP – 08092023
