« La nuit claque au vent
de ses drapeaux arrachés à la mortDe noirs chapeaux
paratonnerres de Dieu
soulèvent la merla pèsent
la soupèsentla lancent sur la grève
où la lumière
a découpé les blessures noires.Sur la langue
passent la saveur
et tout le chant du monde
qui respire avec le souffle de l’au-delà.
Sur le chandelier à sept branches
Prient les Pléiades – »Nelly Sachs, « Des Hassidim dansent » in « Ailes de la prophétie » in « Exode et métamorphose » p.51, traduction de l’allemand et post face de Mireille Gansel, Verdier, 2001.
Ce brouillard lent, épais et sirupeux qui saisit les membres,
le manteau des jours, las et opaque tombant sur les épaules,
et les douches incessantes pour se laver des pouvoirs,
cette tourbe qui remue dans l’âme est sans appel,
je vois le temps qui minute un mur sans ouverture,
et toute l’étendue au loin dépend de ses hôtes,
la morsure du temps est là dans leur voix muette,
J’ai peur d’être seul, isolé, perdu, seul et sans abris,
sans objets, ni corps, ni milieu pour survivre,
et les fantômes qui passent dans les yeux du monstre,
sont les mêmes qui survivent dans l’enfance,
des bataillons d’espoirs déchus, de frêles alertes.
Regarde dans l’obscurité, dans la nuit du temps,
vois l’invisible tout proche de l’arbre des rêves,
tenir le fracas des paroles, des écrits vains, inutiles,
L’intérieur est une force assaillie de noires questions,
ces coupantes questions qui déchirent des lambeaux,
de vies, de morts, de maladies et de désespoirs,
ces questions que ta bouche formule, sans arrêts,
auxquelles je ne peux plus répondre d’avantage,
Et les nuages remplissent la mémoire, blanche et poussière,
celle par qui arrive le futur, survit le passé, au présent,
cette verticale de l’instant, cette lame qui pénètre la nuit,
et se transforme plus loin en une vague créature,
Je sens la faiblesse de mon corps, sans autres, ni égal,
Et le temps reste perché, fixe, dans les nuages,
ses images défilent à toute vitesse, jours après jours,
et ses vies multiples s’arriment dans les espoirs,
celles qui renaissent par les corps des signes,
Au delà des fins programmées, des sombres certitudes,
Il faut respirer très lentement, prendre vite la tangente,
la voie du voyageur de minuit, le seul et joyeux survivant,
plongé dans l’expérience du psychisme ; l’intérieur,
immense, froid et chaud, une infinie glace brûlante,
et résister par l’excuse, la fuite et le paradoxe.
Toi qui mène les troupes des nombreux bestiaux sur les marchés,
A l’abattoir opaque ; les vastes bâtiments rouges et sang,
ne viens plus ici, maintenant chercher tes proies,
le cœur des mondes fatigués, épuisés, sans aucun restes,
ne fournit plus de cerveaux, de langues, ni de viandes.
Tu es le rêve annulé, la clôture électrique des mondes,
le seul être qui est là, bien réel, sans âmes, ni corps
l’extrémité des nerfs, la souillure dans la peau qui reste,
et l’émotion partagée, brute, psychique et physique,
que je sent que tu sens à cet instant éternel, unique et commun,
Viens au delà, frayeur libre d’avoir trop bue à la source,
trop apprise au travers des mots, des choses affreuses,
Viens par ici, prendre dans tes bras de mer, les mémoires,
pour y creuser les chemins d’ailleurs, d’exils, de solitudes,
les mémoires de tous les autres ; amis qui hantent le futur.
MP – 07102022
