Brûler la terre

« Je vois que la condition de l’Homme sur l’écorce du monde
pour moi, homme, devenu le seul réel,
est faite d’un peu de sordide poussière : d’une
aveugle utilité, plus misérable encore
que celle de l’animal, cette condition de l’homme, qui
faisant de l’avoir sa défense contre le cosmos,
s’est accroché au monde avec villes et
choses, et inconsciemment l’a créé. »

Pier Paolo Pasolini, X, Poèmes posthumes, 1950-1951, in « Poèmes de jeunesse et quelques autres », p.123, traduction de Nathalie Castagné et Dominique Fernandez, Gallimard 1995.

Tout l’air est moite, épais, liquide et cette brûlure saigne des flèches de chaleur,
Tout l’horizon a pris cette teinte orangée, un nuage de cendres,
la mer boue dans les veines des animaux et leurs mouvements fixés.
C’est le fruit des assassins, les grandes industries de la mort et du plaisir,
L’âme du vivant inerte est prise dans un tissu chaud et trouble,

Et tous les mouvements ralentissent, le moindre effort coûte plus cher,
cette sensation d’écrasement, de fatigue rouge, immédiate.
L’instinct cherche le lieu vital avec la violence de la lutte et l’oubli des autres,
Les arbres et les plaines brûlés par cet horizon de bétons et de flammes,
Il n’y a plus de vêtements assez fins, délicats, pour couvrir les feux du soleil.

Tout ce qui tombe ici est mu par une force ultime, unique,
aucun échappatoire, aucune forme d’évasion, rien que la voix muette,
qui crie la vision des torches et des armes, blanchies, aveugles,
La production des standards continue, la même déclinaison absurde.
Dans les corps automates, les sensations ne sont plus les mêmes,

car la chaleur envahit tout, veines, visages, et corps meurtris,
L’accumulation des objets a perdu tout son sens,
rien ne sert plus à rien dans ce nouveau monde.
Nous sommes des aveugles voyant la vie nouvelle, cette sourde angoisse,
des armées muettes prises dans l’étau des soleils,

Carbones et chaleurs, emplissent l’atmosphère, lourde, cendrée et fumeuse
et nos empreintes humaines assombrissent le seul futur.
Chercher refuge, chercher le froid cristal et ses mesures divines,
quand les sensations se brûlent au contact des choses,
nourrir la lune, boire le ciel et brûler la terre ; cette terreur du paradoxe.

Du désir empêché, de la vie programmée, par les maîtres de l’incertitude,
des modèles de production, des objets sérialisés sur les chaînes de montage.
Écoute le silence, voit l’obscurité, celle qui danse dans la majesté de l’ombre,
cette invisible pression du sang, qui nous fait changer,
cette mutation de toutes choses.

MP – 22072022

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