Politiques du réel

L’intuition réaliste la plus forte en 2022 – celle qui va résister au temps futur – est celle qui nous recommande d’agir en harmonie avec la Nature. Cette puissance de révolution de nos modèles sociaux productifs dont le sens est porté par cette génération d’enfants, d’adolescents et de jeunes éco-résistant-e-s va constituer le socle de nos croyances collectives. C’est en effet par une Nature méprisée, des impacts profonds sur l’humain, des technologies de consommation plus prédatrices et la blessure dans nos corps sensibles que la domination du système de l’extractivisme se remarque comme des marques au fer rouge sur le visage du nouveau monde.

Cet âge du thermo-industriel se fissure de partout et les jeux des générations sans futurs sont maintenant tournés vers des catastrophes écologiques complexes. Nous – générations x et y – ne serons alors que des passeurs depuis les ténèbres du monde capitaliste ancien. Ses fondements idéologiques progressivement détruits (exploitation infinie des ressources, contrôle des performances des corps et des cognitions sociales, repli sur soi et travail à la chaîne), il va rester ce vide, cet entre-deux, ce monstre nihiliste ou cet espace-temps intermède dans lequel un suspens politique se maintient.

L’inquiétude dramatique est là. Quand nous constatons l’absence de remise en cause de nos modes de vie socio-économiques, quand jamais la vie d’un monde aussi beau n’a été suspendue à une telle masse de décisions. L’évidence frappe, elle est décisive et terminale, comme la mort ou la naissance ; l’évidence d’une loi naturelle qui s’impose aux grandes industries du plaisir et de la haine. Et le repli sur soi du néo-libéralisme n’est plus jamais une solution ; il représente l’aporie ultime d’un système capitaliste fanatique, sa contradiction finale.

Ces générations qui viennent inventent un autre futur, que celui dicté par des fonctionnalités de grands systèmes (grandes écoles, industries, capitaux) car elles suivent le chemin naturel d’une planète monde débarrassé des complexes et trajectoires thermo-industriels. Elles vivrons dans la lumière des passeurs, des funambules, des éco-féministes, des radicaux et des révolutionnaires qui défendent partout la vie contre la haine , la Nature contre l’industrie lourde et la mauvaise conscience des puissants. Pourquoi la politique de la Nature est-elle devenue la seule politique réaliste du 21°siècle, parce que le monde et la Nature changent à toute vitesse et courent à leur perte, parce que l’humanité ne peut pas vivre sans son habitabilité, ses milieux vitaux ; son monde de terres, d’eaux, de feux et d’air.

Dans cette géographie de l’abîme, il ne reste rien du monde ancien que ce goût du regret, sanglant, métallique, ses chaînes de produits conditionnés en supermarchés, ses grands bâtiments usines où la mort en batterie règne et détruit le vivant … Quand travailler rime à détruire, quand vivre consiste à reproduire des conditions de vie aberrantes, refusons de travailler, refusons le monde affreux qu’ils promettent. Les territoires de la Nature peuvent se renouveler, puiser leurs forces naturelles par le renouvellement des modèles de travail respectueux des éléments fondamentaux du vivant. Faire le pari du vivant et de la vérité doit être toujours là comme un moyen d’action autour de nous, comme ce geste qui sauve l’humain comme l’anima, la bête comme la machine.


Fragments d’un monde détruit – 22

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