« Ce qui est nommé reste en vie.
Toute mort déchire la chaîne patiemment ourdie du réseau-monde. »Elias Canetti, « Le livre contre la mort », traduit de l’allemand par Bernard Kreiss, p.196 et 240, Albin Michel, 2018.
Quand vient battre comme une secousse le visage,
celui dont la forme rappelle l’ancien silence,
menu et si faible, l’ailleurs de la mer et du sang,
le désir montant comme une vague bleue et noire,
qui traverse l’eau qui coule, disparaît seul au loin.
Il reste la parole délicate, sensible et le sens,
transmis par delà les rares écueils, les sables-minutes,
la mémoire ouverte est une mer lente et profonde,
rien ne peut remplacer ses yeux-vagues limpides,
le corps rouge des démons, le serpent filant,
Ces guerriers de la nuit aux silhouettes frêles,
s’avancent si mauves sur des feuilles kilométriques,
rampant sur des grèves de sel et de feu,
dévorant toute la peau et la sueur et les larmes.
Vivre dés lors n’est qu’une application triste,
des programmes, des pulsions, des ordres de systèmes.
Consomme et tue, baise et détruit, avale le bruit du monde,
le cycle de destruction est rapide, avide ; il remplit l’attendu,
le rythme scandé est partout pareil, la Nature veut son dû.
Il ne reste rien sinon la chute des hommes dans l’oubli.
Spasmolytique, alcool, drogues, plaisirs et veines brûlées,
dans l’absence de sens sinon consommé, tué et oublié.
Que veux tu de nous toujours sinon la guerre ?
Que cherches tu jamais au loin sinon la terre ?
Nouvelle et forte, paradis des enfants et de la différence.
Le temps passe en nous, comme une vague silhouette,
Cassée en milles morceaux muets ; blocs d’indifférence,
des minutes blanches, creuses et l’ennui qui libère,
rejoint les corps brûlés sur les plages immenses ;
les corps plongés dans l’eau écrite, limpide ; la paix.
MP – 10062022
