Total Kollaps

« Dans le mouvement qui lui est propre, le mystique cherche à rejoindre – dût-elle passer par la nuit – la positivité d’une existence en ouvrant vers elle une communication difficile. Et quand bien même cette existence se conteste elle-même, se creuse dans le travail de sa propre négativité pour se retirer indéfiniment dans un jour sans lumière, dans une nuit sans ombre, dans une pureté sans nom, dans une visibilité libre de toute figure, elle n’en est pas moins un abri où l’expérience peut trouver son repos. »

Michel Foucault, « Ni l’un ni l’autre » in « La pensée du dehors », Fata Morgana, 1986.

Le neurolaps infect et la fonte de ses produits,
pour une sensation lente, sinueuse, le corps tordu,
de douleur vive, d’ombres, par les nerfs meurtris,
dans le couloir d’un temps figé, solide et inerte,
s’est avancée la créature, cet autre malléable,

J’ai vu le visage aux traits mobiles, fuyants,
caressé, sur la vitre d’or et de flammes rouges,
toute cette circulation du sang sous la peau,
la braise qui pulse, et le clignotement dans l’air,
chaque pas cassé, les jambes en arrière,

et le poison avalé, dans l’instillation du fixe,
de l’inerte, la peur qui dure, traumatique,
et la vision soudaine, coupée de ses attaches,
la seule force, le seul corps soudain retiré,
La nuque froide et rigidifiée,

Le temps s’est mis à crier,
et le ciel à tomber dans mes bras tremblants.
J’ai vu le mannequin blanc, qui tressaute,
chaque seconde durant des heures,
le heurt du bitume gris et chaud,

Ne penser qu’à cela, cette fixité de la douleur,
l’architecte de cette fin adaptée,
celui qui monstre dans l’air chaud,
le désordre des muscles, la mémoire encagée,
traversés par l’air lourd et chaud.

Ce flash du trauma a écarté tous les autres,
fait fuir la demeure et le sang dans le désert.
La voix qui remonte depuis le souffle
s’arrête maintenant, tiré en arrière,
elle n’est plus mienne sinon ailleurs.

Tout cela dure une éternité dans soixante minutes.
J’ai vu la terminaison nerveuse,
ces fibres dérangées, collées aux choses,
et les box d’instruments et de pellicules blanches,
ces fabriques de systèmes aux fins bien conformes.

L’audio-fixe sur l’idée d’être au contact,
avaler, puis jamais recracher, puis souffrir,
Les frontières étendues, leurs bords élimés,
et la frayeur de n’être plus soi, plus vivant,
Entouré par la force, le savoir qui enferment,

Élimination des corps, ce qu’ils peuvent,
et des sensations vraies, naturelles.
Un programme d’affectation des idiots,
dans leurs langages d’enfermés par l’expert-monstre,
dans leurs systèmes neurotoxiques, de relations très adaptées.

Suppression des rêves non valides.
L’agissement des autres, spectres d’une autre habitude.
J’ai fait la guerre à leur monde,
la vitale et brouillonne guerre pleine d’espoirs,
de caractères, mobiles, et de désirs en zigzag.

Les pensées du soleil et de la guerre sont venues,
dans leurs vêtements de peaux blanches et nues,
Le « Kollaps » et l’effondrement, ces nuages éphémères,
L’ombre fraîche du crépuscule qui enveloppe,
tout ce monde de l’espoir et du vivant.

MP – 29052022

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