« Quand le souffle
a érigé la hutte de la nuit
et sort
chercher son lieu céleste déployé dans le ventet que le corps
vignoble sanglant
a rempli les tonneaux du silence
et que les larmes débordent
dans la lumière de voyancequand tout un chacun s’est réfugié
dans son secret
et que tout est fait en double –
que la naissance gravit de son chant
toutes les échelles de Jacob des orgues de la mort
alors
un bel éclair de chaleur embrase
le temps »Nelly Sachs, « Exode et métamorphose », Verdier, 2002.
Le grondement noir des nuées et la démarche hésitante,
quand plus rien ne bât tout près du cerveau,
la lente hésitation du toucher et la peau nue.
Quand diaphane et fragile se casse le fil du silence,
marcher au loin par les ruelles si brûlantes.
Le soleil de minuit et ses rayons nous accompagnent,
cette transparence partout dans un même cri glaçant,
tout le suc froid qui remonte depuis le sang,
la guerre du mouvement, la respiration qui bât,
et tout le sens des choses qui s’enfuit.
Je vois mon visage blessé et la trace autour qu’il défait,
dans le courant de ta conscience ; ses larmes avant départ,
dans tes yeux noirs opaques où l’étincelle,
a surgit dans le contact électrique de nos mains.
Ne viens plus me demander ton salut, ma douleur,
La colère est blanche et sauvage ; elle fait plier et rompre,
le monde à ses bottes et sa volonté devenue mienne.
Nous sommes emportés, plus loin que de raison,
Dans le fracas des vagues et l’océan de larmes,
Tout près des seuils du passé jamais franchis,
et le trou noir de l’absent a vidé nos têtes,
avec des morceaux de machines et de lassitude,
l’argent froid, la même colère ; les flammes et repli,
l’alphabétique terreur qui remonte tout autour,
comme des horloges noires et des engins bleus sur ressort.
Peux-tu dire ou écrire l’absent, celui qui ne veut plus,
ses mots, son corps, et la place qu’il laisse vide.
De lui reste le battement du pouls, maintenant ; l’intersection,
depuis l’enfance du monde, vers la limite vivante.
Apprends à désapprendre, à oublier, mon amour,
Car le dieu du vacarme et de la colère,
a brûlé toutes les terres de l’enfance,
la perte est son royaume,
la vie des autres son absence.
Veux tu de moi, ciel d’obscurité, fier et immense,
Veux tu de nous, pour cette aube nouvelle qui arrive.
Je t’aime pour la promesse que tu nous tiens,
l’objet du futur que tu portes serrés contre toi,
le ventre ouvert, saignant, cette vague de confiance,
et ses intérieurs dans l’attente, si vastes et si beaux,
toute cette foultitude d’actes, d’étoiles, de pensées et de vies.
MP – 20052022
