Les foules hêtres aux racines brunes marchent en réseau, lentes,
Avalent la poussière d’infini, ces étoiles brillantes, fixes à la tombée du soir,
Leurs bras d’équerre, fermes et noués tendus vers la voûte stellaire,
Fixent le crépuscule d’argent et d’or qui tombe l’uniforme d’une nuit noire,
Animaux au vieil âge, masses de vieillards mourants, se glissent,
Parmi la mousse brune, os, mains et troncs gris et les feuilles de papier jaunies,
Par une lune froide gibbeuse, figée tout en haut, où tremblent les amas de nuages,
Ont descendus le voile de terre humide collé dans ce visage blanc, affreux,
La forêt avance à pas nombreux, dans les cités bientôt mortes et désertes,
La chaleur suffoque dense, et succombe des astres aux liquides morts,
Sur le tapis du ciel livide criblé d’étoiles blanches et noires,
Sidération du verbe où la bouche morte boit le sang des visages,
Cette bouche comme un trou noir absorbe le calcul inerte des eaux,
Les créatures scanographes à la pénombre du soir regagnent les porches,
Transpercées, ouvertes et crissantes tout près du ruisseau d’argent,
Qu’ont formées leurs larmes venues toutes luisantes, blessées en cohortes,
Tombées depuis les grands froids et les squelettiques vaisseaux,
Dans les fleuves brûlants, toutes rongées par notre extatique amour,
Le grain humide du vêtement blanc de nos peaux continues, mon ange,
Habillent les dernières forêts vastes d’une vierge et colombe veilleuse,
Viens sur la terre neuve, mon amour, chanter le chant des êtres si vaillants,
Ce vil ancêtre mille fois rigide, n’a plus rien pris de ce futur devant nous,
Ô visage noir à l’orbite d’insectes, globes fixes et nombreux,
Toi qui viens au feuillage, boire le sang liquide de la plaie du Monde,
L’alcool montant des sexes-blessures dans le seul œil ouvert et lucide,
Bois la suave liqueur avant que ne grondent les blocs immenses et les pierres,
Dans la chimère noire de l’ancêtre, mon amour, tu es venu.
MP – 10122019
