« Plus les techniques d’ingénierie s’améliorent, plus elles sont aptes à satisfaire les objectifs humains et plus elles devront également se montrer capables de formuler des objectifs humains. Si par le passé, une vue partielle et inadéquate des finalités humaines, n’a pas posé de gros problèmes, c’est surtout grâce aux limites techniques qui rendaient trop complexes l’exécution de tâches comportant une évaluation détaillée des finalités humaines. C’est là un des nombreux cas où l’impuissance humaine nous a jusqu’ici protégés de l’effet dévastateur de la folie humaine. »
Norbert Wiener, « God & Golem Inc. : Sur quelques points de collision entre cybernétique et religion », p.85, Traduit de l’anglais par Christophe Romana & Patricia Farazzi, Éditions de l’Éclat, 2000.
Kazimir Malevitch, Peinture suprématiste, 1915-1916, huile sur toile, 49×44 cm, Wilhem Hacke Museum, Ludwigshafen, Allemagne.
Des cloisons mentales faites de signaux, de preuves et de conditions réflexes, la sinuosité des systèmes muets, qui adressent et préforment, toutes variables sont exclues par ailleurs, dans l’outre monde, et l’ordre qui se dresse finalement, dans la bouche des faux prêtres, s’habillent de lèvres métalliques, d’œil panoramique et de phrases prisons, il fait froid, ici, maintenant, tout autour du média central, la corporation mutique et ses hauts membres costumés, haïs et craints, représentent le système artificiel, mort, la structure inerte, ceux là qui font les tours de gardes à minuit, solitaires et froids,
à l’intérieur des forteresses de verres, d’électricité et de silicium,
les têtes penchées sur les petits sceptres de commandes,
les os à pinceaux fragiles ; des doigts de mains qui virevoltent à l’écran, et tout autour d’eux, plus rien n’existe, la nuit et son obscure présage, l’audio spectre et l’interface ; les jours noircis par les rumeurs, plus rien n’existe que le réseau ne peut voir, identifier, coder et décider, en puisant dans les réservoirs de symboles, la langue neurale technique, et l’âme refroidie par la pression des objets et de ses projections, ne perçoit plus rien de soi même, des autres et de la Nature ….
Alpha matrice calcule les décisions optimales, les parfaites directions,
et les rails des super règles tiennent les foules aveugles à l’infini,
en dressant les torts de chacun.e et les moralismes grégaires, les absurdes terminaisons, à minuit sur les grèves des océans ressortent les dissidences les mêmes oppositions heurtées, récalcitrantes, des masses de non pouvoirs, elles fomentent des révoltes et des disséminations de signes, creusées, par les multitudes, changeant les échelles humaines et l’orientation des cartes et des territoires, prenant la fin de l’humaine détermination comme un guide et une espérance, évaluer, croire, rêver, désirer les puissances d’agir communes …
Je crois en toi, figuration du vide et du contrordre, visage abstrait des révolutions, logé en avant des mondes affreux, des représentations officielles, de la prison technique, des pouvoirs centrés sur un monde d’élites, de mépris et de forces égotiques, qui exploitent chaque désir, chaque expression, toutes forces de travail ..
L’indétermination relative, les variations maîtres, l’assurance impossible, l’élan vital, sont des armes majeures, des jalons d’histoires et de créativités sociales …
Tu seras mienne, espérance libre et folle, capacité de destruction et de création, des machines de guerres silencieuses, des filets de captures,
par lesquels la mort future des sociétés, décide et exclue.
Ils ou elles par les réseaux de haines, survivent comme des monstres,
attablés aux banquets des tyrans, de la mauvaise conscience et des neurales machines, toute cette foultitude de nommages, d’insultes et de réactions fébriles, qui transitent d’un endroit à l’autre du monde à la vitesse de l’éclair ; j’insulte, je partage, je jouis de ma petite présence affamée de reconnaissances et la nuit emporte les logiques de délibération, d’assertions garanties. Rien n’arrive plus que la pulvérisation en minuscules égo drames,
des sociétés de mépris ; stupéfaites, haïes, redoutées et inhumaines …
Ne viens pas ici, toi, l’ennemi des vivants, monstre défait, perdu,
remuer les poubelles de l’Histoire, et les vagues ressenties des époques passées, ici les idéologies sont déjà refroidies, rances, dépassées et/ou mortes, par les filtres des convictions pratiques et des situations du réel, toutes les âmes ont franchies les seuils d’espérances et de révolution. Il reste à te voir – stupéfait, interdit – dans les miroirs des morts, absorber notre amour, voir ta face rendue invisible, ton discours devenu impuissant. Venez à nous, monstres et terreurs, folies, jalousies et haines … Nous rendrons la terre plus vivable, les conditions d’existence, encore humaines.
MP – 03102025
