La révolution pragmatiste (3)

La puissance de dévastation des mondes naturels imposée par l’hypercapitalisme de prédation comme forme pensée de domination globale des êtres vivants aboutit dans les perspectives défendues par les anarcho-capitalismes et les technos réactionnaires de la droite globale à une réduction massive des figures de la liberté politique (citoyennetés, droits, libertés sexuelles et reproductives, tolérances, inventions de soi) à une unité de calcul de choix ou proto-figure mystique et ultime de l’individu ressaisi comme entrepreneur de soi-même ; luttant pour détruire plus et accaparer plus de ressources matérielles, vivantes ou symboliques ; faire venir à soi et à sa famille de sang, décider stratégiquement et dévorer la ressource. Ici les modèles de psychologie du pouvoir imposables et issus du néo-libéralisme et de l’Empire du fascisme moderne (islamistes radicaux, catholiques intégristes, juifs orthodoxes extrémistes, virilisés et droite réactionnaire globale) font la part belle à une atomisation par la logique du marché des cercles sociaux naturels et à une désintégration progressive de la société et du faire vivre ensemble – un dé tissage de nos liens sociaux ordinaires – des logiques et des mécanismes de solidarité fondés sur des Institutions, des aides sociales, des actions humanitaires, des travaux d’associations remarquables, des ONG ou du mécénat d’entreprises. Le dégout moral violent qu’inspire ceux et celles qui à la tête d’anciennes structures de pouvoir étatiques (à tradition démocratique forte) comme les Etats-Unis, profitent des élections, des Institutions pour casser de l’intérieur et saborder les modèles sociaux de solidarités et de générosités, y compris hors de leurs propres frontières est égal à un sentiment d’exclusion intime dans la forme pensée même de la démocratie.

Qu’est ce qui – dans la sidération et l’énervement du rappel évident – ne va pas dans la forme pensée Trumpiste ou la forme pensée du techno réactionnaire Elon Musk sinon la formidable puissance d’intimidation internationale qui s’exerce avec des menaces de coupures de financement, du gel d’aides devenus existentiels, d’exil de modes de vie marginaux ou de rejet de jugements politiques et d’accords différents de l’écrasante majorité issue de la force et de l’assujettissement par la peur et l’excitation des muscles [muscle and hate]. Qu’est ce qui va bien dans la forme pensée Trumpiste et le succès industriel d’un techno réactionnaire comme Elon Musk sinon la garantie d’une vie sécurisée, protégée par la force du bras armé, le réseau informatique, la technologie et le droit [the covenant, the sword and the arm of the lord], éloignée de la crainte des lendemains horribles qu’annoncent à n’en plus finir, les prophètes et prophétesses de malheur issus des rangs de l’écologie politique et féministe, des transidentités ou des lumières radicales et qui voudraient imposer des modes de vie alternatifs à ceux sanctionnés par l’histoire marquante du père, de la biologie verticale et autoritaire, de la santé pure et de l’hygiène maximal. Ici, le choix de s’aveugler soi même en masse, de se duper est fondamental du choix de renoncer à la réalité du futur – le choix d’abdiquer sa propre responsabilité en tant que génération – de ne pas voir suivant les études scientifiques menées par milliers depuis cinquante ans et qui font l’objet des rapports du GIEC, les possibilités d’un impact négatif évident du capitalisme fossile sur ses milieux de vie.

Mais ces constats si amers ne font pas une politique ni n’encourage un choix de vie démocratique de masse, respectueux à la fois de l’Humanité en tant que cultures hétérogènes, richesses naturelles et spirituelles, point mobile, zones bio culturelles mouvantes, de jonction si complexe de l’aspect biologique, naturel de la forme de vie démocratique et l’aspect conventionnel, social de cette même forme de vie démocratique. Car ce qui est en jeux ici, ce qui fait sens est la souffrance de millions d’êtres vivants – de pauvres, d’exclus et d’invisibles du monde capitaliste, tous les sans voix, sans noms et sans visages – exploités partout afin d’alimenter les écosystèmes de décisions financiers et numériques des armées de soul-managers. L’identification des ressources humaines mobilisables à un temps X et dans des espaces Y optimisés [virtuels ou réels] pour la performance finale d’activités de rentes et d’accumulations de capitaux, passe par un codage juridique puissant du capitalisme des relations humaines au sens d’un brouillage complexe de la coopération publique, sociale et institutionnelle et d’un masquage par l’opération de la transaction pure d’une relation humaine ordinaire [clients vs services]. Ici la gêne qui nous fait préférer oublier pour un temps les gestes liés à une transaction pour profiter de la vie brute, naturelle du contact sensible avec un.e autre que soi, préférer spontanément et intuitivement une vie réelle, incarnée et désencastrée de la sphère économique capitaliste est le signe d’une possible et évidente sortie ; même occasionnelle, temporaire, caractérielle ou rudimentaire mais véritablement sûre et instinctive hors des mondes marchandisés. Et ce sentiment de gêne instinctive est comme une possible traduction de ce qui il y a de meilleur dans l’être vivant comme dans l’âme humaine ; la sympathie spontanée, la compassion ou l’intérêt manifeste et non égotique, pour autrui, ses différences et ses vulnérabilités.

Comment penser/panser les passages et les logiques de transformation sociale et politique de soi-même, sur soi et par soi-même, dans les différentes focales culturelles et symboliques de la forme (en)vers l’agent/patient d’un processus de transformation révolutionnaire de la forme de vie capitaliste au XXI siècle ? Comment sortir, critiquer, se servir ou re rentrer à l’intérieur de dynamiques de contrôle et de surveillance massive des citoyens et citoyennes par les technologies du numérique et du profilage des corps-formes-pensées adaptés à l’hyper prédation économique ? Par quels moyens d’expression (médias), par quelles interactions symboliques, faire masse, tisser des interrelations fortes et durables – des inter actes comme unités opératives et tactiques de changement – qui font la survie des formes du vivant dés lors que l’espace-temps numérique est calibré sur un présent massif de connexion, de stimulation et de captation de toutes attentions égoïsées, dirigé par des oligarchies technologiques et financières ? Enfin vers où se diriger, s’orienter quand le monde vivant lui-même crie et supplie à la porte de nos sociétés si gourmandes en énergie naturelles ; survivantes dans un techno solutionnisme béat, irréel et qui finalement reproduisent à n’en plus finir les mécanismes d’exploitation d’une force de travail globalisée, nomade, précarisée ; de corps usés par des activités parcellisées, devenues incompréhensibles, faisant des simulacres de motivation et de l’occultation des raisons d‘agir internes des travailleurs, des leviers de décisions finales ?

Rémunérer le travail réellement utile à la société des vivants peut se faire dans les conditions d’existence liées à un renversement de l’échelle de nos évaluations classiques ou traditionnelles du réel bienfait apporté par un travail dans le monde … Et cette dynamique de l’inversion est là tout autour de nous depuis vingt ans, depuis que les jeunesses mondiales – les milléniales – ont compris l’urgence climatique, la force d’inertie et la vulnérabilité liées indissolublement des mondes économiques. En même temps que les formes multiples des récits des différences d’existences et de l’augmentation des vertus de tolérance et la nouvelle dignité qui touchent les jeunes générations, nous sommes traversés par des vagues de symboles, de traits typiques, d’attitudes et de choix libres sociaux et politiques concernant nos propres vies, le travail en profondeur d’un pragmatisme écologique et démocratique et nos désirs pour la société qui encouragent la promotion d’une forme pensée qui remplace la naïveté de l’idéalisme par la nécessité du pessimisme éclairé.

Alors que la vie est blessée par une activité économique devenue à l’évidence si délirante et irrationnelle (développement des technologies d’extraction de ressources fossiles et de luttes pour des gisements de minerais stratégiques, négation de la vie et de l’Histoire par la promotion de faits alternatifs, exploitation et contrôle maximal des ressources humaines, xénophobies, surveillance vidéo algorithmique, paniques morales, censures culturelles et symboliques venues de sociétés autoritaires …), les Intelligences Artificielles (IA) sont censément là pour sauver l’Humanité de catastrophes imminentes comme des lumières figées dans la profonde nuit de l’Esprit. Ces lumières ressemblent encore à des regards de spectres qui isolés d’une logique ensembliste et humaine font peur, alors même que l’enjeu en terme de développement du bien être humain et de la vie des êtres vivants est si présent. Percevoir la texture d’un être vivant, encourager ses possibilités de vivre dignement dans une forme de vie démocratique ; reconnaitre la texture morale des êtres ou leurs densités d’existence comme des fruits précieux d’une éducation à la transformation de la sensibilité humaine et de la forme de vie.

Fragments d’un monde détruit – 151

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