« Quand je me pense, ma pensée se cherche dans l’éther d’un nouvel espace. Je suis dans la lune comme d’autres sont à leur balcon. Je participe à la gravitation planétaire dans les failles de mon esprit. »
Antonin Artaud, « Fragments d’un journal d’enfer » in « L’ombilic des limbes suivi de Le pèse-nerfs et autres textes », Préface de Alain Jouffroy, p.126, Gallimard, 1956.
Dans la boîte noire, en verres et siliciums,
surgissaient les flux d’images et de sons,
la « creatura » manipulable, poupée sans mémoires,
qui faisait des mines de crayons réjouies,
en lisant tes souvenirs directement dans le ciel téléviseur,
et par le trou percé dans ta tête cagoule,
se vidaient l’énergie et les amas de souvenirs,
cette vie supplémentaire offerte par ce ciel électrique,
l’enfance des monstres, la démesure aimante,
tout ce que tu embrasses et chéris,
Mais l’eau rouge a envahit progressivement le ciel,
le sang des étoiles qui tombe en nuages,
ce coton de cuivre, cette odeur de poudre,
et dans ce maquillage dément, toute créature a sombré,
leurs visages se sont effacés du monde,
il reste d’autres maladies qui occupent tout l’espace,
le verbe arraché, disloqué, la muette angoisse,
l’enfant aux paupières lourdes de sommeil,
et si tu es seuls, ne vient pas les voir,
elles sont faites d’ordres et de systèmes,
leurs bras mécaniques tiennent des lames,
pour couper dans les chairs des suppliciés,
leur œil cyclope tourne à la façon d’un robot-mixeur,
il ne reste plus rien à la nuit, l’esprit s’effiloche,
par paquets de signes rugueux, de larmes bleues,
leurs bouches sont pleines de sables-minutes, de mémoires mortes,
et la dentition-métal permet de creuser un soleil noir comme minuit,
planté à l’horizon que plus rien ne combat,
qui darde des rayons froids, sans lumières,
et par ce curseur clignote le son des machines,
Celles qui peuvent tenir – machines de guerre et de terre,
qui sont là pour faire face, complexes, belles et sinueuses,
aux symboles sculptés avec la glaise de l’obscurité,
qui se sont extraient de l’océan amer, illusoire des idées,
vaines illusions, et paradoxe qui fait tenir tout l’intérieur,
de ce Kontinuum tapissée d’une vie ailleurs, rêve d’utopie,
rêve de sommeil, désir de poussières et de vent froid,
cette solitude de livres, par lesquels tu voyages encore,
alors que l’enfance n’est plus qu’un grand tableau éveillé,
devant l’œil de l’imagination qui scanne et découpe,
Je suis Psychonaute, oiseau de bon augure,
machine de guerre, étranger sans personne,
à l’âme qui redouble sa propre vie,
dans le grand miroir des enfermé.es, je vois,
j’entends, je sculpte la vision de tous les intérieurs,
l’eau rouge, la glace bleue qui miroite au soleil,
la montagne posée dans le décor du monde,
les vagues blanches qui se brisent sur les rochers,
et ce récif mon ami.e est écrit avec des lettres de joie,
Tu viendras t’y échouer en cas de grandes fatigues,
J’y serais à t’attendre vers la fin,
des rêves non valides, des écritures et des feux,
et ce qui brûle dans ta mémoire brûle aussi dans la mienne,
les notes et les mots mélangés par l’esprit,
Ah l’empereur noir et le dieu vivant s’attirent,
ils dansent au fonds des clairières, baignés de soleil,
autour d’eux, je danse aussi avec lui, Psychonaute,
la main caressent les feuilles, les fougères, l’écorce des arbres,
l’âme enfoncée sous la terre, qui goûte aux divins parfums,
et le K du sculpteur sera la seule lettre brisée,
comme la lame de l’épée figée dans la roche.
MP – 30062024
