« Et as-tu reçu ce que
tu voulais de cette vie, malgré cela ?
Oui.
Et que voulais-tu ?
Me dire bien-aimé, me sentir
bien-aimé sur la Terre. »Raymond Carver, « Dernier fragment » in « Poésie », p.512, Traduit de l’anglais par Jacqueline Huet, Jean-Pierre Carasso et Emmanuel Moses, Éditions de l’Olivier, 2015.
Crédit Photo : Mathieu Pomart
Il n’y aura plus jamais de repos, ni de fêtes nulle part,
quand tu vois le soleil bleuir à la surface,
de l’eau du ciel irisé de filaments d’écumes rouges et blanches
Il n’y aura plus jamais de lumières dans tes yeux,
pris dans les vagues de l’océan infiniment sombre,
et le jour ne se lèvera plus, nos croyances brisées,
sur les autels de pierres froides et grisâtres,
n’atteindront plus les choses et les êtres vivants,
et l’habitude, autrefois idole et maîtresse, s’enfuira par les larmes,
et la solitude immense replie déjà nos corps dans l’obscurité …
J’ai longtemps travaillé aux bords de ces précipices,
à combler les froides perspectives du silence,
à remuer l’encre noire de la nuit sur la feuille
et l’âme voyageuse, j’ai pris le chemin des lumières étranges …
Suivant les traces précises et les amas de signes-symboles,
que les gardes-frontières des cités inconnues
tenaient par les flammes, au fil de grandes épées.
L’or ruisselant sur leurs chevelures, les yeux comme des fentes,
a demi fermés nous fixant, par delà les trouées du sommeil.
Ah .. La somme de nos jours ne peut plus se compter, ici,
c’est un calcul d’apothicaires unifiés en meutes froides et idiotes,
car tu a franchis les murs blancs de la cité des rêves ….
Celle, posée seule, suspendue parmi les lointaines étoiles,
entourée de nuages de nacres, de méduses et de coquillages.
Là bas, les oiseaux du mal font toujours des rondes à minuit,
enveloppés dans le grand voile de mer et d’infini,
ceux-là qui qui survolent la rive derrière nos yeux fermés.
Nous deviendrons vivants ailleurs dans les orages,
et la pluie d’étoiles filantes baignera nos corps …
Les poussières de diamants bleus et roses translucides,
qu’avalent les chiens entre les murs de ce Temps qui passe,
et qui remplissent les pièces, mornes et indifférentes …
Ah .. Ces bouquets de fleurs d’eau qui attrapent la légèreté du vent,
La douceur des couleurs et la respiration du soir vibrantes,
passent et résonnent sur le gris froid de ces murailles,
dans leurs étonnants ballets au milieu du grand feu noir …
et nos âmes meurtries se glissent avec les ombre mouvantes …
Habillées du sang nocturne, celles qui rapidement dévalent,
les précipités de gestes, de regards et d’attitudes,
celles qui dansent muettes au fond de nos sépulcres ..
Y aura t-il des lieux pour se dire nous, ensemble ; toi et moi ?
Dans la musique fière du silence, que feront les visages,
perchés, attentifs, sur les grandes feuilles de signes .. ?
Et par les vagues rutilantes, et les mouvements de lèvres
et le son de ta voix qui remonte à minuit,
nous reverrons au loin l’Aurore rouge et flammes, surgir à l’horizon.
A nouveau rendus alertes, sur les chemins baignés de lumières,
nous marcherons sans jamais poser nos pieds sur le sable,
l’esprit apaisé, vivant par les désirs des espaces infinis,
Silhouettes bleues-liquides, froids mystères du ciel,
réchauffées au bord de l’eau par les rayons ardents du Soleil,
Ah … Ton étoile, brillante, j’en ai tenté la capture et le retrait
dans un refuge ouvert de signes, de sons et d’images,
cette ombre fraîche et merveilleuse de la vie,
que vous goûterez dans chaque goutte de pluie qui tombe …
MP – 09052024
