« Toutes les fois qu’on tombe sur quelque chose d’existant, de réel, de plein, on aimerait faire sonner toutes les cloches, comme à l’occasion des grandes victoires ou des grandes calamités. »
Emile Cioran, « Ébauches de vertige » in « Écartèlement » p. 42, Gallimard, 1979.
Le complexe des cages est si grand, multiple, suspendu,
entre le ciel et la terre, la nuit et le soleil,
c’est un jeu de mirages, de dupes, d’imbéciles,
une foire pour illuminé.es, remplie de manèges,
à chacun, chacune sa dévotion limite, invisible,
pour des spectres-images, des flux de sons,
et la froideur du verre et des flash-mémoires,
n’a d’égale que la brûlure intérieure, la passion,
et dans chaque cellule survivent des créatures,
qui ont faim et soif, qui résistent ou se laissent aller,
aux vagues des médiums, à la peau de lithium,
cette peau percée de fils et d’artifices.
Elles sont programmées comme elles doivent l’être,
et leur crédit de vie est normalement insuffisant,
elles doivent payer leurs rêves au prix fort,
et tomber dans les pièges des grands rhéteurs,
est comme ce délice de lumières avalées,
l’énergie d’une couleur rouge sang,
et quand à la fin, elles remontent l’escalier de marbre,
avec le chant des oiseaux, dans l’aurore délicate,
elles ne savent pas comment le monde est fait,
elle ne se souviennent de rien,
à part le défilement ininterrompu des silhouettes,
Ah, illusion ! Empire et mort, du réel et du soi,
comment briser le sceau de l’illusion,
qui marque l’esprit, de son empreinte féroce,
faire advenir l’espérance d’un rappel à la vie,
la réalité organique et sociale de la vie,
là ou tu informes, déplaces, créés des mouvements vitaux,
par delà le gouffre, toi même, l’escroc du gouffre,
dont on entends la voix plus loin que l’horizon,
dont les mots sans visages, clignotent,
dans l’obscurité …
et ce sourire qui flotte dans les nuages est si beau,
il a pris les traits de l’ange déchu,
qui revient hanter les cavernes des créatures,
afin de vivre le moment inouïe, de leur libération,
quitter cette routine affreuse, cette répétition du même illusoire,
revoir vraiment ce qu’est voir, dans l’eau pure du jour,
quand la peur de revivre tient leurs bouches fermées,
et qu’il faut des années pour sentir l’ombre de leur présence …
MP – 13102023
