« Lorsqu’en 1948, j’ai proposé le terme de « musique concrète », j’entendais, par cet adjectif, marquer une inversion dans le sens du travail musical. Au lieu de noter des idées musicales par les symboles du solfège, et de confier leur réalisation concrète à des instruments connus, il s’agissait de recueillir le concret sonore, d’où qu’il vienne, et d’en abstraire les valeurs musicales qu’il contenait en puissance. »
Pierre Schaeffer, « Traité des objets musicaux », p.23, Paris, Seuil, 1977.
Le battement sourd, vivant, frémit sous la peau nue,
et l’appel des oiseaux ardents, vers l’aube d’un seul ciel,
qu’ici, maintenant, dans cette transe majeure, hypnotique,
et ce mur de cris qui s’échappe toujours plus loin,
et qui en même temps sature tout l’espace conscient,
Il y a cet endroit rêvé, ce hors là qui te prends,
par son visage sombre, qui gît hors des lumières,
et le corps du son, nerveux qui grésille, à tout instant,
par cette électricité froide traversante tous les objets,
j’attends que tu viennes me serrer dans les bras de mer,
Que tu m’apporte le lieu exact qui s’enfuit toujours,
où reposer mes épaules fourbues, lourdes et si lentes,
où noyer le chagrin des faux-mondes disparus,
là, prés des étoiles d’argent qui brillent dans la nuit,
je retrouverai le sens de ce qui advient,
je fuirais la chambre vide, la solitude des objets,
toutes leurs réponses détruites, la pression retirée,
et cette empreinte du son qui tient toutes choses ensemble,
est l’événement par ici, la grande créature rêvée,
la foultitude minutieuse, qui bât sur les surfaces,
pénètre l’intérieur du champ des actes et des objets,
Je frémis d’absence et de fuite, dans les habits étroits du monstre,
les ailes noires et bleues, qui dévoilent le grand minuit,
sont venues me chercher un soir de décembre,
et le froid absolu du dehors, a saisit mon cœur,
emportant les restes images, les tunnels sonores,
Tu es mon neuro-danseur, mon pantin nocturne,
qu’une lumière étrange fait devenir vierge et fantôme,
toi qui traverse toute l’étendue du champ des bruits,
et dont les figures font voir les spectres,
oscillations brutes et fréquences de départ et d’arrivée,
en dévalant les rues calcinées, tes yeux vagues, sans orbites,
tes regards fixes, froids et logés au fond des mines,
ne regardent plus rien à l’extérieur,
et j’ai franchis la frontière des fantômes,
ceux-là qui dérobent nos gestes dans l’obscurité,
leurs sens éparpillés dans des fragments de verres et de sangs,
et tout ce travail effarant des noms collés aux choses,
l’empreinte de tous ces autres qui maintiennent,
par devers cette furieuse marée de nuits sans soleils,
un quotidien d’apparences et d’attentes,
une terreur d’alphabet précise, ciselée, millimétrée,
c’est cette impression curieuse, cette sensation brute et opaque,
qui là saisit mon corps, le fait se mouvoir et l’amène n’importe où,
pour arriver à un temps donné, par la musique folle,
en une danse frénétique, d’automates à scansions,
de corps sans accueil, de traits blanchis et disparus,
je vendrais mon âme blessée, à ce diable furieux du son,
qui imprime dans les choses, le rythme machinal, syncopé,
dieu du vacarme, de la rédemption et de l’absolu désir,
fais moi voir le lieu unique qui emporte et décide,
de tout nos restes psychiques, bleus et mornes.
MP – 24092023
