L’Automate et l’Empire

« La machine de même que l’organisme vivant, peut être considéré […], comme un dispositif qui semble, localement et temporairement, résister à la tendance générale à l’accroissement de l’entropie. Par sa capacité à prendre des décisions, elle peut produire autour d’elle, une zone d’organisation dans un monde dont la tendance générale est de se désorganiser. »

Norbert Wiener, « Progrès et entropie » in « Cybernétique et société : l’usage humain des êtres humains », Traduit de l’anglais par Pierre-Yves Mistoulon et revu par Ronan Le Roux, [1950] p.66, Seuil, 2014.

Boire le signe cristal liquide par l’écran multi-posé,
cet amas d’interactions vivantes, machines mortes, instantanées,
les cristaux-liquides multicolores et la commande ultra-précise,
sur des automates à feed-back, reliés, ensemble, diligentés,
Voir le monde comme un espace de virtualités et d’annonces.

Les milles objectifs tracés dans les milles programmes.
Corporations mutiques, administrations des spectacles,
ou s’agitent les grands-montreurs de marionnettes,
les dresseurs d’outils-humains, et leurs visages égaux et morts.
Partout règne le golem de plastique, de silicium et de verres.

Son rôle est de générer la ressource exploitable, la confiance, la décision,
les capacités de contrôle dévolues aux complexes-machines.
La révolution du numérique est profonde, large, inouïe,
elle consiste en l’assistance des forces biologiques,
des organes, des choses physiques, des énergies vivantes,
la délégation du pouvoir réel en la capacité-ordinateur,

et l’expert-monstre tient à l’orbite-cassée, dans ses yeux vides,
des visions d’obstacles, et de cauchemars détaillées,
sur des lignes très ordonnées, des cellules-insectes et des traces,
vouées au calcul des objectifs, pour les nouveaux métiers de l’Empire,
orientées fixes, précises, binaires, au cœur d’un simulacre,

ô Monde des abîmes, des ombres, ô terres de l’angoisse,
poussés par l’isolement des atomes, des voix, des gestes,
par la distribution innombrable des ordinateurs,
ces outils de pouvoir sur un autre-monde rêvé,
aux réalités nominales, désintégrées ; ces langages des spectres,

Retirés de la pression immédiate et concrète des faits,
ces claviers-outils multiformes, fabriquent le nouveau réel,
connectés ensemble, ces réseaux muets, larges et solides,
objets, machines, sons, images, désirs et textes,
reliés dans le tableau ultime de l’Humanité future.

A la vitesse des mondes incréés, au chant infini des esclaves,
diapason d’un nu-métrique, des corps surveillés, sérialisés,
tu regardes envieux l’horizon froid des symposiums,
des systèmes d’alertes, des missions collaboratives,
aux voix multiples, cachées et vibrantes, encodées par l’entreprise-réseau,

Tu vois l’autre-frontière, là bas, qui recueillent l’humain et ses machines,
tout autour des tentatives organisées d’un même vivant.
Si la guerre des formes était là, le combat futur des sceptres,
au cœur de la personnalité des enfants, des créateurs de signes.
Si seulement nous avions le loisir des paroles à nous-mêmes,

dans ce monde hybride survit la folle passion,
la passion profonde qui pénètre le corps de signes,
et dépasse la logique de la commande instantanée et des services.
Quand j’appuie sur un bouton-plastique, au design-réactif,
l’icône froide, universelle, pour obtenir ma satisfaction,
je ne m’attends plus qu’à recevoir, du présent,

l’occupation prévue, superficielle, la satisfaction immédiate,
la vie électronique qui s’occupe des solitaires,
des distrait.es, des créatures-fantômes, des sans restes,
et remplit l’espace-temps de leur ennui, la morne sidération,
prés des objets fixes, atomiques, des ensembles si froids.
Je ne peux plus voir les autres ailleurs qu’ici,
maintenant et au futur, au travers de ma projection et de l’écran.

Dans ce monde magique de la commande, de l’Ego et du retrait,
du feed-back de contrôle et de la précision du seul digit,
la satisfaction du shoot, et cette génération des forces virtuelles,
tout.e seul.e, tu domines des vies, organisées, que tu crois tangibles,
et rêve la maîtrise des commandes, immédiate, absolue ;
l’Utopie massive de la planète-monde.

MP – 26022023

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