« N’est ce pas comme si le brouillard ténébreux d’un autre monde rêvait notre vie ?
Le déroulement intérieur de la mort est un brouillard élevé en principe métaphysique.
Une cathédrale est comme le maximum de matérialité du brouillard : des ténèbres pétrifiées. »Emil Cioran, « Le crépuscule des pensées », p.145, [1940], traduit du roumain par Mirella Patureau-Nedelco, Éditions de l’Herne, 1991.
Le fracas des vitres sismographes,
la peau collée fondue, sur les portières,
et cette marche d’infinie, de bête traquée,
ont retenus la nuit dans un seul cercle,
de machines noires, opales et vertes,
ces fluides vitaux, liquides et mécaniques,
froids violets, si robotiques,
la grande nuit buvard qui absorbe tout,
les gestes et le sang, la salive, la chair et l’odeur,
sont suspendus par l’étranger,
être qui s’est glissé sous la peau, bitume,
la force de l’appel retient toutes tes respirations,
toutes tes tentatives sont vaines,
inutiles de résister, d’écrire ou de parler,
cette percée du double fantôme, kilométrique,
qui hante les maisons, les caves et toutes les rues,
Pardon pour la peur traumatique du désordre,
et la différence du vrai stigmate,
quand toutes ses paroles devenues miennes,
disparaissent, n’agissent plus, ne font plus rien.
Le manteau noir d’une obscurité sans traces,
sans signes, ni rythme, ni voix,
que l’étranger emporte au loin, avec lui.
Ne le suit pas dans ces chemins sans erreurs,
car son appel est un juge délirant,
et la fuite est son seul régime.
Il nous met en garde contre l’assurance,
d’être là, maintenant, bien présent,
par ce contrôle des actes qui relie toutes les choses,
il provoque l’angoisse, la séparation et la gêne,
l’impossibilité de suivre l’habitude commune,
et son visage en miettes s’est tordu.
L’oubli vivant et le spectre de l’absence,
passe, terrifie le silence et inquiète.
Ce temps ordinaire qui nous emmène,
avec l’assurance d’être toujours compris,
s’est retiré du corps de l’étranger,
a fait sécession, et rendus inertes toutes choses.
Quand je te revois dans l’image du souvenir,
tu es le compagnon de mon rêve parallèle,
l’ami d’un autre temps, d’une crise et d’une révolte,
l’étranger tout proche dont les gestes vont te survivre,
dans le monde des signes, du son et de l’abîme.
Combien de temps ta lecture va me guider ?
Dans quels espaces peux-tu revivre encore ?
Par le triangle du seul spectre-visage, du mouvement vital,
à milles regards, corps et voix incarnés,
Tu tiens dans tes mains brûlantes,
les fruits et les sels des animaux-machines,
créés, à son image-propre, dans l’âme des vivants,
sous la lumière des astres-fantômes,
par un régime de signes, infini, ordonné à ta propre vie.
Reviens par ici, cheminer dans tes paroles,
avec le sens aiguisé du paradoxe et du Temps,
dans ce mystère de la création, ici,
quand je me souviens du futur.
MP – 16122022
