Métamorphose

« Nous disons donc, pour commencer notre examen, que l’animé se distingue de l’inanimé par la vie. Or la vie se dit en plusieurs sens, et même si une seule des choses qu’elle signifie est présente en un sujet, l’intelligence, par exemple, la sensation, le mouvement et le repos selon le lieu, ou encore, mouvement lié à la nutrition, la croissance et le dépérissement, nous disons qu’il vit.»

Aristote, « De l’âme », Livre 2, chapitre 2, p.106, traduit du grec par Pierre Thillet, Gallimard, 2005.

L’air pénétré du soleil et du vent doux, folle caresse aventureuse,
baigne ce chemin d’expériences, où la vision se déploie,
des feuilles craquantes bougent dans la sonorité des pas,
Tout passe dans les minuscules portions de couleurs,
et la tiédeur de l’air, le parfum léger des feuillages et du bois,

Cette enivrante traversée prés des eaux, des troncs et des insectes,
La mémoire assoupie qui s’éveille, et soutient chaque pas,
devant le monde et la douceur de ce qui advient, toujours plus proche.
Cet habillage de fantômes ; pierre noire et blanche d’une fibre nerveuse,
percée par la douceur du soleil, les sons et les larmes de chaleur,

La tranquillité vague partout fait reposer la main dans l’air,
douce et bleue, près des vagues marines, sur ce chemin de lumière.
Il n’est pas un animal, une fougère, un arbre qui se tordent et m’accueillent ;
le son et le visage d’un monde apaisé, éclairé, proche du repos.
Lumière dans laquelle tout se tient, infiniment calme, aimant et doux,

dans cette réserve douce, tout est absence de direction, refus obstiné,
Apaisés et sans objets, nos gestes se mêlent aux herbes hautes,
aux grands jardins humides et venteux, à la lumière tombante du jour.
L’obscurité derrière soi n’est plus qu’un vague souvenir.
Sensation du rêve qui agit, par le fil des mémoires,

la tranquille assurance d’être là présent, encore plus loin,
soi et autres unifiés, proche de tomber pour infiniment dormir,
D’un sommeil doux et calme, coupant la vie organique en parties égales,
l’une de fracas ; cette césure du langage logique, froide, claquante,
L’autre ; cette perception du vague, du flot du sensible, habité,

Je te vois encore plus loin, ton visage qui promet,
une vague douce et forte, qui reflue, encore au bord du présent,
animal d’un monde lointain, issu des poussières et du vent.
Et j’attends ces promesses ; la lente nuée qui nous voile et habille,
tout le temps majuscule est là dans cet instant vif, éternel,
qui saisit la gorge à la minute, et remplit mes yeux d’une couleur vivante.

MP – 02052022

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