Clowns de l’échec

« Il faut une considérable dose d’inconscience pour s’adonner sans arrière-pensée à quoi que ce soit. Les croyants, les amoureux, les disciples, n’aperçoivent qu’une face de leurs déités, de leurs idoles, de leurs maîtres. Le fervent demeure inéluctablement naïf.[…] Celui qui entrevoit simultanément tous les aspects d’un être ou d’une chose reste à jamais indécis entre l’élan et la stupeur. »

Emil Cioran, « La part des choses » in Précis de décomposition, Gallimard, 1949.

Les glycines mauves entourent le cercueil,
Près de l’assemblée des ombres dansent,
Les clowns rigides remplis de suie noire,
A l’heure de minuit chantent les criquets d’or,
La meute sombre glisse, furtive et sourde,

Dans la cave humide, la terre s’évapore,
L’air liquéfie les membres décharnés,
Inquiète et fébrile, la vieille sans cheveux,
Fait des tours de manège en bois de chêne,
Rien ne coule sur la peau rouge vive

Que la nuit étoilée dont les trous d’argent brûle.
Au cœur de la solitude froide règnent les astres,
Les illuminations de la ville ont des reflets jaunes,
Le doux présage traîne sur la langue,
Qui s’agite au fond de la glotte opaque,

Le cri monte du fond des entrailles mauves,
Déchirant les tas d’organes en une musique funèbre,
Et la gorge pleine de poussière s’abrite,
Derrière le voile de verre blanc des cieux.
Le serpent glisse dans la chaire de l’église.

Ramassis de fleurs jetés dans la fosse,
Par poignées immenses, couvrent le mort,
Au nez rouge sang près du crâne défoncé,
Qui tressaute au rythme du vent frais
Qui s’engouffre dans la gorge entrouverte.

MP – 23/05/2020

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *