Le Silence

Quand un homme est ivre, il est conduit, titubant, par un jeune enfant, sans savoir où il va ; il a l’âme humide.

Héraclite, fragment « 117 » in « Les fragments d’Héraclite », traduits et commentés par Roger Munier, illustrés par Abidine, Les immémoriaux, Fata Morgana et Roger Munier,1991.

La jeune fille portait un bleuet au creux des seins,
Une fleur à son pétale unique mimait
Une multitude de méduses bleues et mauves,
Striées d’humides sachets, hachées en vain,
Galopantes dans des couloirs gonflés d’eaux,
Dans un thorax craquant, elle caressait d’une main,
Aussi douce que les tampons disques du soleil,
Les pendues aux chevelures d’encre, épaisses,
Et les lumières des végétaux éclairaient leurs visions,

Le voyageur entendait battre leurs pulsations d’or,
Toutes près du sang, aux abords de la rivière,
Un cri muet poussé par des boîtes, vocalise,
Jetées au hasard des pièces d’appartement.
Les torches encastrées dans les box d’immeubles,
Flambaient des bêtes sur la peau bitumée,
Des parades au long cours, suante des plaies,
D’animaux des mers, à la nage précoce, attendus,
S’arrimaient sur les iris aux lents parcours,

Déclinantes en même temps que le jour,
Depuis l’aube, toutes avaient compté les heures,
Passées en compagnie des fièvres froides,
Dont le suc avait glissé par ses paupières.
Sous le parapluie noir, semé de taches incolores,
Elles descendaient, l’allure fière et le visage sans traits,
S’accrochant au gré des bastingages à l’horizon,
Roulant furieuses dans les nuages, les murmures.

Les têtes aveugles à deux sons d’esprit tapaient,
Front contre front, des liqueurs encore bues,
Remplissaient les coupes des eaux profondes,
Les sonars bleus liquides plantés au fond du pétale,
Qu’elle cachait la nuit, au retour des feux,
Battaient des poumons aussi légers que des étoiles,
Il n’y eut qu’un obstacle lent, tué au milieu,
Une danse arrêtée par la fonte des yeux.

La silhouette avait absorbé la nuit tout autour,
De celle venues par l’abysse d’éruption,
En une poignée de secondes gagnées par miracle,
Nous étions unifiés d’une eau pure et fraîche,
Voulus, dévorés par le son des bêtes et des fioles,
Nos souffles expiraient une glace d’été froide,
Des filaments à l’espace, tout, nettoyé et vide,
Vivait un calme pur et sans loi.

MP – 17042020

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