Possession

« Avec la première vision, le premier contact, le premier plaisir, il y a initiation, c’est à dire, non pas position d’un contenu, mais ouverture d’une dimension qui ne pourra plus être refermée, établissement d’un niveau par rapport auquel désormais toute autre expérience sera repérée ».

Maurice Merleau-Ponty, « L’entrelacs – le chiasme », p.198, in « Le visible et l’invisible », Gallimard, 1964.

Salvador Dalí, Figure at the Window, ca. 1925.

La pierre de l’œil figée, reste posée sur le sol,
Au creux des chairs vibrantes,
Les cheveux de mousse durs,
Rendus noirs, brûlants et aveugles,
Sur l’opale au crâne fendu,
et la mer liquide au travers de la vision,

Gerbe lisse à la caresse aventureuse,
Qu’une flaque de nuit obscure, a jetée,
Dans un puits plus noir que l’oubli,
L’œil zébré avance à travers les eaux,
Et la mémoire derrière étend tout son empire,

Le froid mauve descend sur les épaules
De l’animal aux seins fermes et durs,
Ses griffes serrées tout autour
Ont pris des brumes d’eaux et de miel,
Pour s’en faire des vêtements royaux,
La pierre de l’œil – bleu ciel – figée, reste posée sur le sol,

Le front ouvert nappé d’algues et de végétaux
Absorbe tout le sang nocturne,
Ses feux ont dérobé la lumière,
Au fond de l’œil du soleil, vitreux et frais.
Aussi vite qu’un jet d’arme seul,

La couleur coupée sur la feuille de mer,
Coule à flot des bruns maquillages,
Et suit les ombres fraîches de la fenêtre du matin,
dont les enveloppes liquéfient la chair.
Tes cheveux, mon amour, tissés dans la nuit.

MP – 16102019

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