Au fond du basalte, visages et roses dormaient,
Un mur de pierre aux yeux gris regarde,
D’un sommeil sans coupure depuis le jour ;
Des tapisseries d’or rongées de traits mobiles,
Fuyaient par le trou des épaules.
Les morts remuent au bout du fil un silence aigu
Qu’ils font parfois à l’orée des forêts noires.
Les piliers de verre plantés à l’entrée du chemin,
Nous faisaient signe quand nous passions, légers,
Devant leurs vastes terreurs à qui rien n’est donné.
Le soleil brûle les pontons de bois sur la rivière,
Que des bateaux protègent en mimant au crépuscule
Le chant des falaises d’ombres à la chute liquide,
La rampe d’un seul coup brisée sous la ligne d’eau
Accompagne la descente des rabougris vieillards.
Se voyaient les monstres figés d’attitudes,
Dont les âmes inertes tâchaient le sol à nos pieds,
Les fleurs bleues et vertes au sentir très doux,
Cueillies dans les couloirs d’une chambre de fort,
En haut du trépas qui guette les prieurs fous.
Dans la mansarde, sont logés des costumes
Que la lumière n’aborde pas sans frémir.
Le bruit montant dans la bouche n’est personne,
Que le trou vide qui figure au milieu du visage ;
Au souffle tenu, gisant, l’invisible pénètre.
MP – 14/08/2014
Publié une première fois dans le n°66 de « Poésie / première » – Décembre 2016.
