« Pourquoi la substance de l’âme ajouterait de la valeur à celui qui la possède ? A moins de supposer l’appoint d’un raisonnement théologique (ce que plus d’un à commencer par moi, estimeraient épistémologiquement inadmissible), aucune liaison logique n’apparaît avec évidence. Une chose immatérielle qui pense peut être dite meilleure qu’une chose matérielle qui ne pense pas à la seule condition que la pensée ait elle-même de la valeur, que ce soit de façon intrinsèque ou instrumentale. Or la pensée n’a de valeur intrinsèque que pour les hommes qui l’évaluent comme une fin en soi, et elle a également une valeur instrumentale pour ceux qui en tirent bénéfice, c’est à dire pour eux.
Pour les animaux qui ne jouissent pas de l’exercice de la réflexion pour lui-même, et qui n’en ont pas non plus besoin pour mener le genre de vie pour lequel ils sont le mieux adaptés, la pensée n’a aucune valeur. Même en élargissant la définition de la « pensée » de telle sortie à y inclure toutes les formes de conscience, il y a toujours de nombreux êtres vivants qui peuvent s’en passer et néanmoins vivre ce qui est pour leur espèce une vie bonne. L’anthropocentrisme qui sous tend l’affirmation de la supériorité humaine traverse de part en part le dualisme cartésien. »Paul W. Taylor, « The Ethics of Respect of Nature » in « Environmental Ethics », vol 3, 3, (1981), p.197-218.
Buffon and de Sève’s Quadrupeds (1754)
Dans un regard allumé, à minuit, survivent des froides lumières,
des grands mouvements orientés vers le feu dansant,
au milieu d’un monde humain désespérément clos,
quadrillé par des séquences de production de forces de travail,
l’économique sature, tout les gestes et toutes formes aimantes,
et te regarder joyeuse, tournant sur toi même,
me faire la fête comme si c’était le premier jour ;
l’œil pétillant, malicieux, le poil tacheté gris, blanc et brun, noir,
ma chienne d’espérances, d’apaisement et de joies,
et perdre cette animalité est comme perdre son humanité,
les deux contactés par une étrange alliance de formes,
quand je regarde ton beau visage amie inconnue,
tes grands yeux noirs m’observant dans le jour finissant,
le pâle sourire qui descends sur tes lèvres,
j’ai l’impression de revivre un instant,
hors des vies d’automates aux circuits réglés de gestes,
fonctionnant presque en mode mécanique,
et je pense au « Zoon Erotikon » à la force du désir d’aimer,
je la voit dans les déplacements furtifs du renard ou du loup,
dans l’attachement surprenant d’une chienne et d’un chat domestique.
Aimer la Nature comme une totalité de forces et de désirs de vivre,
comme une part essentielle de soi même …
Pouvoir souffrir dans le corps blessé d’un.e autre,
par la capacité empathique, la puissance de la relativité,
chaque perspectives rentrées les unes dans les autres,
formant un écosystème de diversités et d’interdépendances,
pouvoir aimer dans le corps désirable d’un.e autre,
et écouter le son que fait l’oiseau qui chante, et qui répond
à un autre oiseau plus loin ou plus proche,
leurs cris mêlés dans une conversation continue de gestes,
se remplir les poumons d’air non vicié, dés l’aube humide,
et profiter d’une attente complexe dans les promesses du contact,
lever les yeux au ciel et se perdre dans une bleuité immense,
remarquer les nuages effilochés comme des formes hasardeuses et divines et cette musique de l’eau d’une rivière qui coule, tout près,
en dessous d’un guetteur de mouvements, un faucon splendeur,
si vulnérable et si beau, et je suis là moi humain,
vivant dans un cube de béton, à l’étage d’une tour immeuble,
posée au milieu d’autres surfaces de bétons,
prés de supermarchés criards et dégoulinants d’électricités,
les yeux remplit de merveilles, la mine étonnée et réjouit,
à l’intérieur du seul monde vivant qui me protège,
moi l’étranger, l’urbain de tous les jours, de toutes les nuits,
je comprends l’entrelacement des êtres et des choses physiques,
les êtres vivants comme toi – chienne, vache, poulet, oiseau, lapin et moi – humain, et ceux qui disent que vous ne pouvez pas vous représenter le monde, comme nous le faisons nous humains, trompent et mentent,
pour ceux là, les faussaires de nature, vous êtes sujets,
assujettit aux mondes du feu, du média, de l’acier, du béton et de la viande, objets rentrés dans l’abattoir pour être découper en pièces monnayables, puis cellophanés, vendus en morceaux informes sur les étals, pour celles-là les industries de la destruction, vous êtes des ressources à exploiter dans des chaînes de production alimentaire, nourrir les hommes terrifiés par la mort et le silence infini, massacrer par milliards les vivants non humains.
Vous êtes réifiés, dressés et vendus pour être découpés, traits, saisit,
expurgés d’une possible vie vivante et sauvage…
Et devenir sien dans la perspective d’une bête, d’un animal,
c’est devenir soi même capable de compréhension,
tisser les liens uniques qui fondent une forme vivante,
et voir dans le visage d’une femme aimée, dans ses regards brillants,
l’espèce d’animalité douce et fière, qui brûle en surfaces …
Non pas objets des destructions, ni sujets des industrieux pouvoirs,
mais formes humaines et animales, synthèses de nature et de culture,
mouvements vivants qui passent et transforment – à travers le Temps, et qui dessinent par les gestes, les cris et les chants, les contours de nos sociétés, nos lieux de vie et de mort.
MP – 31052026
